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People in a firm discussing founder control. Photo credit - AI Generated

Au-delà de « une action, une voix » : l’avenir émergent de la gouvernance d’entreprise en Afrique

Introduction

Les structures d’actions à droits de vote multiples (dual-class share structures) attribuent des droits de vote inégaux entre différentes classes d’actions, permettant aux fondateurs de conserver le contrôle malgré une détention économique minoritaire. Popularisées dans les entreprises technologiques et de plus en plus utilisées à l’échelle mondiale, elles soulèvent d’importants débats en matière de gouvernance. La question centrale est de savoir si ce modèle convient aux marchés africains, caractérisés par des niveaux variables de réglementation, de liquidité et de maturité institutionnelle.

 

Préserver le contrôle des fondateurs : pourquoi les actions à double classe séduisent les entreprises à forte croissance

Les actions à double classe reposent sur une idée simple : permettre aux fondateurs d’accéder aux marchés de capitaux sans perdre le contrôle stratégique de leur entreprise. À l’échelle mondiale, leur attractivité est évidente. De grandes entreprises technologiques telles que Google (Alphabet), Meta, Shopify, Zoom ou Airbnb utilisent ces structures afin de permettre aux fondateurs de protéger leurs visions à long terme contre les pressions du marché à court terme. Ces structures protègent également les entreprises contre les investisseurs activistes, les prises de contrôle hostiles et la pression des résultats trimestriels, permettant aux dirigeants de privilégier la recherche, l’innovation et une croissance durable. Elles sont devenues un modèle standard pour les introductions en bourse des entreprises technologiques aux États-Unis, à Hong Kong et à Singapour, notamment dans les marchés dominés par des entreprises familiales.

Un argument fort en faveur de ces structures repose sur leurs performances historiques. Des recherches menées aux États-Unis entre 1980 et 2022 montrent que les entreprises à structure duale surpassent souvent les entreprises à structure unique, en particulier dans le secteur technologique, ce qui suggère qu’un contrôle à long terme concentré ne nuit pas nécessairement à la création de valeur pour les actionnaires.

Pour les entreprises technologiques africaines, encore largement dirigées par leurs fondateurs et dépendantes de l’innovation à long terme, ces structures pourraient constituer un outil de gouvernance protecteur, les mettant à l’abri de rachats prématurés ou d’une ingérence excessive des investisseurs.

 

Marchés de capitaux africains : les actions à double classe renforcent-elles ou affaiblissent-elles la gouvernance ?

Les actions à droits de vote multiples peuvent renforcer la stabilité des entreprises dirigées par leurs fondateurs en Afrique, mais elles nécessitent une adaptation prudente en raison de la faiblesse de l’application des règles, de la concentration de la propriété et du nombre limité d’investisseurs institutionnels. Les risques incluent la privation des droits des actionnaires minoritaires et un déséquilibre de gouvernance. Avec les réformes internationales, comme celles du Royaume-Uni, l’Afrique peut concevoir des mécanismes de protection tels que les clauses de caducité (sunset clauses) et les règles déclenchées par certains événements afin d’équilibrer innovation, transparence, protection des investisseurs et attraction des capitaux.

 

Les limites : lorsque les structures duales deviennent un risque de gouvernance

Malgré leurs avantages, les structures à double classe comportent plusieurs risques importants :

 

Enracinement et faible redevabilité

Avec des droits de vote renforcés, les fondateurs peuvent devenir moins responsables devant les autres actionnaires, prenant des décisions privilégiant le contrôle plutôt que la création de valeur. Ce risque est accentué dans les marchés où l’application de la réglementation est faible.

 

Dilution des droits des actionnaires minoritaires

Ces structures entraînent une dilution des droits des investisseurs, qui apportent des capitaux sans véritable participation aux décisions stratégiques.

 

Risques liés à la succession

Les entreprises familiales ou dirigées par des fondateurs peuvent rencontrer des difficultés lors des transitions de leadership. Sans clauses de limitation dans le temps, les actions à droits de vote multiples peuvent renforcer des successeurs inadaptés ou décourager les investisseurs institutionnels.

 

Attractivité réduite des marchés

Historiquement, les investisseurs britanniques ont résisté à ces structures par crainte de déséquilibres de gouvernance, ce qui a freiné leur adoption à la Bourse de Londres jusqu’à des réformes récentes visant à renforcer la compétitivité. Les marchés africains pourraient connaître une méfiance similaire des investisseurs si les réformes ne sont pas claires, prévisibles et correctement appliquées.

 

Risque d’arbitrage réglementaire

Si certaines places boursières africaines autorisent ces structures tandis que d’autres les interdisent, les entreprises pourraient choisir stratégiquement les juridictions les plus permissives, au risque d’affaiblir la supervision de la gouvernance.

 

Conclusion

Les structures d’actions à double classe représentent un paradoxe de gouvernance : elles peuvent soutenir l’innovation à long terme dirigée par les fondateurs, mais aussi renforcer le contrôle excessif et affaiblir la protection des investisseurs. Alors que les juridictions assouplissent leurs règles, l’Afrique a l’opportunité de concevoir son propre modèle. Avec des mécanismes de protection tels que les clauses de caducité, la transparence et la protection des actionnaires minoritaires, ces structures pourraient attirer des introductions en bourse, stimuler la croissance et préserver la confiance des investisseurs.

 

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Edna Alferes

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