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Maladies tropicales négligées au Bénin : consolider les acquis, accélérer l’élimination

Introduction

Les maladies tropicales négligées, telles que l’onchocercose, les géohelminthiases, la schistosomiase, la lèpre et l’ulcère de Buruli, peuvent entraîner des incapacités, une stigmatisation durable et des conséquences sociales et économiques importantes. Elles touchent principalement les populations les plus pauvres et les communautés vivant dans des zones rurales ou difficiles d’accès. Au Bénin, des progrès majeurs ont été enregistrés : selon l’OMS, le pays a éliminé trois maladies tropicales négligées au niveau national. Mais cette réussite ne signifie pas que le combat est terminé. En janvier 2026, un forum des médias organisé à Cotonou a rappelé la nécessité de maintenir ces maladies à l’agenda public, de renforcer le financement et de rapprocher les interventions des communautés.

 

Des maladies qui frappent les populations les plus vulnérables

Les maladies tropicales négligées ne sont pas négligées parce qu’elles seraient sans gravité. Elles le sont surtout parce qu’elles touchent des populations disposant de peu de ressources et ayant une faible capacité à faire entendre leurs besoins. Selon l’OMS, elles sont associées à des niveaux élevés de morbidité, d’incapacité et de stigmatisation, et entretiennent un cycle de pauvreté. Au Bénin, la distance jusqu’au centre de santé, le manque d’information et l’insuffisance de l’eau et de l’assainissement peuvent compliquer la prévention et le recours aux soins. Leurs conséquences dépassent donc le cadre médical. Une personne atteinte de lèpre peut subir le rejet social avant même de recevoir un traitement. Une parasitose répétée peut compromettre le bien-être et les capacités d’apprentissage d’un enfant. Une personne affectée par l’ulcère de Buruli ou l’onchocercose peut voir son autonomie et ses moyens de subsistance réduits. La lutte contre ces maladies doit ainsi associer dépistage, traitement, réadaptation, protection sociale et lutte contre la stigmatisation.

 

Le Bénin a remporté des victoires importantes, mais l’élimination doit être durable

Le Bénin figure parmi les pays africains ayant éliminé trois maladies tropicales négligées au niveau national: la dracunculose, également appelée maladie du ver de Guinée, la trypanosomiase humaine africaine ou maladie du sommeil, et le trachome. Cette performance témoigne de l’efficacité de la surveillance épidémiologique, des campagnes de santé publique, du travail communautaire et de la collaboration entre les autorités sanitaires et les partenaires. Cependant, l’élimination d’une maladie en tant que problème de santé publique ne signifie pas nécessairement la disparition immédiate de tout risque. Elle impose de maintenir la surveillance, de détecter rapidement les cas éventuels et d’éviter une réapparition. Cette exigence rejoint la feuille de route mondiale de l’OMS, qui fixe des cibles à l’horizon 2030 pour prévenir, contrôler, éliminer ou éradiquer plusieurs maladies et groupes de maladies. En 2025, le rapport annuel de l’OMS au Bénin a fait état de campagnes de masse contre l’onchocercose, les géohelminthiases et la schistosomiase . Ces interventions montrent que la stratégie doit combiner plusieurs approches : administration de médicaments, amélioration de l’assainissement, accès à l’eau, lutte contre les vecteurs, éducation sanitaire et prise en charge des personnes déjà atteintes.

 

Le rôle des communautés et des médias sera décisif

Les programmes de lutte contre les maladies tropicales négligées ne peuvent pas reposer uniquement sur les structures sanitaires. Les relais communautaires, les enseignants, les leaders religieux, les associations de patients et les autorités locales jouent un rôle essentiel pour expliquer les symptômes, encourager le recours précoce aux soins et combattre les fausses croyances. Une intervention réussie est une intervention comprise, acceptée et relayée par la communauté. Les médias ont également une responsabilité particulière. Les maladies tropicales négligées restent peu visibles lorsque les reportages se limitent aux campagnes de distribution de médicaments. Il faut raconter les expériences des personnes touchées, montrer les conséquences de la stigmatisation, expliquer les signes d’alerte et rendre compte de l’utilisation des ressources. Le Forum des médias sur les MTN organisé à Cotonou les 29 et 30 janvier 2026 a précisément insisté sur ce rôle : maintenir les maladies à l’agenda politique, améliorer la qualité de l’information et soutenir un financement durable. La prochaine étape consiste à intégrer davantage les interventions contre les MTN dans les soins de santé primaires. Une personne doit pouvoir être orientée, diagnostiquée et suivie dans un système de santé proche de son lieu de vie. Cette intégration permettrait de réduire les occasions manquées, d’améliorer la continuité des soins et de mieux prendre en charge les complications.

 

Conclusion

Le Bénin dispose d’acquis importants dans la lutte contre les maladies tropicales négligées, mais ces progrès restent fragiles si la surveillance, le financement et l’engagement communautaire diminuent. Les campagnes de masse sont nécessaires, mais elles doivent être complétées par des services de santé accessibles, une meilleure prise en charge des séquelles et une lutte constante contre la stigmatisation. L’élimination durable ne sera pas seulement une affaire de médicaments : elle dépendra aussi de l’accès à l’eau, de l’assainissement, de l’éducation, de la qualité des données et de la capacité des communautés à participer aux décisions. En donnant une visibilité aux personnes concernées, les médias peuvent contribuer à transformer une victoire sanitaire en progrès social durable.

A. Jean-Baptiste Kpedoke

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