Introduction
L’intelligence artificielle (IA) s’intègre progressivement dans le secteur de la santé. Elle pourrait améliorer la santé maternelle et néonatale en facilitant l’accès aux informations médicales et en aidant les professionnels à prendre des décisions plus rapides. Toutefois, l’IA doit compléter et non remplacer les professionnels de santé. Son utilisation doit également respecter des principes stricts en matière d’éthique, de responsabilité et de protection des données.
L’IA pour réduire les retards dans les soins
Selon le Dr Victor Barasa, médecin et spécialiste de la santé numérique, l’IA peut transformer les recommandations cliniques, les protocoles et les bonnes pratiques en outils automatisés accessibles et peu coûteux. Elle peut notamment contribuer à réduire les trois principaux retards associés aux complications maternelles : le retard dans la décision de consulter, le retard pour atteindre un établissement de santé et le retard dans l’obtention d’un diagnostic précis. PROMPTS, une plateforme de SMS développée par Jacaranda Health, en est un exemple. Elle fournit aux femmes enceintes des informations personnalisées, des rappels de rendez-vous et des conseils pendant la grossesse. Son faible coût et l’utilisation des SMS la rendent particulièrement adaptée au Kenya, notamment dans les zones rurales où l’accès à Internet reste limité.
Les limites et les risques de l’IA
Malgré son potentiel, l’IA ne doit jamais remplacer le jugement clinique. Les médecins, infirmiers et sages femmes doivent continuer à prendre leurs décisions sur la base de leurs connaissances et de leur expérience, car les systèmes d’IA peuvent commettre des erreurs. La protection des données constitue également un enjeu majeur. Les outils numériques de santé peuvent traiter des informations sensibles, notamment les noms, les données d’identification, la localisation et les dossiers médicaux. Sans protection adéquate, ces informations pourraient être utilisées à mauvais escient. Le Kenya a déjà pris des mesures à travers la loi sur la santé numérique de 2023 et le Bureau du commissaire à la protection des données. Le Dr Barasa encourage également une réglementation favorisant l’innovation responsable, notamment grâce à des cadres permettant de tester les nouvelles technologies avant leur déploiement à grande échelle.
Garantir une IA fiable et responsable
Pour assurer la fiabilité des outils d’IA, le Dr Barasa recommande une validation rigoureuse fondée sur les données de santé kényanes. Des équipes multidisciplinaires réunissant obstétriciens, sages femmes, pharmaciens, spécialistes des données et patients devraient participer à leur évaluation afin de limiter les biais et de garantir leur conformité aux recommandations médicales nationales. La responsabilité doit également être clairement établie. Les professionnels de santé doivent vérifier les recommandations de l’IA avant toute décision médicale. Les hôpitaux, développeurs et prestataires de soins doivent donc disposer de mécanismes de responsabilité précis.
Conclusion
Le succès de l’IA devrait être mesuré par des résultats concrets, notamment des consultations prénatales plus précoces, davantage d’accouchements assistés par du personnel qualifié, un meilleur suivi après l’accouchement et une réduction des retards d’accès aux soins. Utilisée de manière responsable, l’IA pourrait devenir une alliée précieuse pour améliorer la santé maternelle et néonatale au Kenya, tout en plaçant les patients au cœur du système de soins.

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