Introduction
Les soins de santé mentale en Égypte se situent depuis longtemps à l’intersection de la médecine, de la culture et des valeurs sociales. Des premières traditions enracinées dans la religion et la communauté aux cadres institutionnels modernes, le traitement de la santé mentale en Égypte a évolué au fil d’une longue histoire de philosophies et de pratiques. Cependant, des ressources limitées et une population en constante croissance ont entraîné des prestations inadéquates, ainsi que des renversements de politiques critiqués pour mettre en péril l’autonomie des patients. Comment le pays pourra-t-il construire un avenir engagé dans la protection et la réhabilitation des membres les plus vulnérables de la société ?
L’évolution des attitudes
Les descriptions de la « tristesse du cœur » sur des papyrus égyptiens anciens datant de la période pharaonique figurent parmi les premiers documents reconnaissant les maladies mentales. En 705 après J.-C., le premier hôpital psychiatrique islamique fut fondé à Bagdad, suivi peu après d’un établissement au Caire. Le Qanun fi-l-Tibb d’Avicenne, en 1025, consacre trois chapitres aux troubles neuropsychiatriques et aux traitements somatiques adoptés dans le monde arabe. Cependant, après l’occupation britannique de l’Égypte au XIXᵉ siècle, les premiers asiles furent construits loin des zones résidentielles pour séparer les personnes atteintes de troubles mentaux de leurs communautés, remettant en cause la priorité traditionnelle des valeurs collectives sur l’individualisme. L’intégration des patients mentaux dans la société fut perçue comme rétrograde, en raison de la préférence britannique pour l’isolement et l’intervention médicale. Cela a créé une tension entre soutien communautaire et traitement institutionnel qui persiste dans le système actuel.
Ressources limitées
En tant que pays arabe le plus peuplé, les ressources pour la santé mentale sont rares et concentrées au Caire et à Alexandrie, au détriment des zones rurales. Le ratio de professionnels de la santé mentale est de seulement 7,3 pour 100 000 habitants, bien en dessous des normes de l’OMS. De plus, environ 40 % de la population a moins de 18 ans, la tranche la plus vulnérable aux maladies mentales.
Un problème clé est le manque de suivi après la sortie des patients des institutions. En 2006, l’Égypte comptait 8 000 lits pour patients psychiatriques, mais de nombreux patients y restaient pendant des décennies. Un ancien membre du conseil d’un hôpital psychiatrique évoquait le retour des patients guéris qui ne peuvent retrouver leur famille et sont refusés par la police, occupant ainsi environ 20 % des lits. Il exprimait également des préoccupations sur la qualité des soins, y compris des accusations d’agressions physiques sur des patients psychiatriques et l’usurpation d’un médecin, entraînant le renvoi du directeur adjoint.
Perspectives d’avenir
Les pays arabes représentent seulement 1 % des publications mondiales sur la santé mentale. Toutefois, des pionniers comme Ally Salama, fondatrice et CEO du magazine EMPWR, s’efforcent de changer la situation. Basé au Caire, le magazine fournit des informations accessibles sur la santé mentale et le soutien, avec des séries comme #UnderstandToEmpower, détaillant les symptômes de différentes maladies mentales. La reconnaissance des symptômes physiques est essentielle, selon la National Library of Medicine, qui note que les maladies mentales se manifestent souvent par des symptômes somatiques, en raison d’une plus grande acceptation sociale des plaintes physiques dans les pays arabes.
En 2009, la Loi sur la santé mentale a été adoptée, visant à protéger les droits humains des patients dans les établissements psychiatriques et à introduire des sanctions pour les institutions ne respectant pas les normes. Cependant, la National Library of Medicine souligne que cette loi était perçue comme une menace pour le jugement des cliniciens, car elle offrait aux patients plus d’autonomie sur leur traitement. Par conséquent, le Code de Pratique de la loi a été révisé en 2011, réduisant l’autonomie des patients en autorisant la médication obligatoire.
Récemment, un changement d’attitude a eu lieu pour réadopter les notions traditionnelles de soins communautaires plutôt que l’approche individualiste. En 2021, le ministère de la Santé et de la Population a lancé un marathon cycliste pour « sensibiliser les adolescents aux concepts de santé mentale » pendant la pandémie de Covid-19. Les hôpitaux de l’Université Ain Shams ont renforcé la télémédecine et les services de ligne d’assistance, rendant les soins de santé mentale accessibles depuis le domicile pour réduire l’impact de la stigmatisation. Cela a suivi une campagne médiatique visant à encourager l’acceptation des personnes atteintes de troubles mentaux dans les communautés, ainsi qu’à ouvrir les établissements psychiatriques aux visiteurs.
Conclusion
Le système de santé mentale égyptien reflète le coût cumulatif des perturbations historiques, du sous-financement et des tensions non résolues entre soins communautaires et contrôle institutionnel. Combiné à une population jeune et en forte croissance, cela exerce une pression énorme sur un système déjà sous‑dimensionné, entraînant un accès insuffisant et des atteintes à la dignité des patients. Les initiatives récentes suggèrent une réorientation vers des soins inclusifs ; cependant, les efforts restent limités par une répartition géographique inégale et des cadres législatifs qui privilégient le contrôle sur l’autonomie. Réduire la stigmatisation et renforcer l’autonomie des patients grâce à un meilleur financement sont des étapes essentielles pour construire un système capable de protéger et de réhabiliter les personnes souffrant de troubles mentaux. Ce faisant, l’Égypte a l’opportunité non seulement de réformer ses prestations de santé mentale, mais aussi de créer un environnement fondé sur le soin social et le respect de tous.
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