WELCOME TO R:Ed
An African woman practising African Spirituality. Photo credit - AI Generated

Reprendre la spiritualité africaine face aux mythes coloniaux

Introduction

Par un matin typique, il y avait une émission à la radio (Metro FM), et les invités avaient une conversation profonde et émouvante sur « Ce que signifie être Africain ». L’invité était un Sangoma pratiquant qui a exprimé une vérité profonde : le colonialisme n’a pas seulement volé nos terres et notre travail, il a aussi diabolisé notre culture et notre spiritualité. Tout ce qui était associé à être « noir » ou africain était présenté comme mauvais, dangereux ou maléfique. Cette conversation a rouvert un dialogue important sur la mesure dans laquelle nous avons été conditionnés à rejeter une partie de nous-mêmes.

 

La délégitimation de la spiritualité africaine comme outil de contrôle

Le colonialisme a imposé un récit puissant qui a délégitimé les systèmes spirituels africains indigènes. En redéfinissant le culte des ancêtres comme de la « sorcellerie » et la médecine traditionnelle comme de la « magie », les colonisateurs ont systématiquement démantelé la légitimité morale des croyances africaines. Les tambours, rituels et cérémonies d’initiation ont été présentés comme de l’idolâtrie, tandis que les traditions européennes étaient glorifiées comme civilisées et divinement inspirées. Ce n’était pas un accident, c’était stratégique. En convainquant les Africains que leur spiritualité était démoniaque, les puissances coloniales assuraient une dépendance culturelle et une obéissance. Résister au colonialisme ne devenait pas seulement une rébellion politique, mais un acte de défi envers Dieu lui-même.

 

L’effet durable sur les jeunes Africains

Les conséquences de cette colonisation mentale se font encore sentir aujourd’hui. De nombreux jeunes Africains ont grandi en craignant ou en rejetant leurs propres traditions. Les familles sont souvent divisées sur le plan spirituel : certaines embrassent fièrement des religions importées, tandis que d’autres pratiquent les rites ancestraux dans le silence. Les médias modernes renforcent encore ce biais. Hollywood représente fréquemment les masques africains comme des symboles de magie noire, tandis que les médias locaux présentent souvent les Sangomas comme des « sorciers ». Ces représentations alimentent le même récit colonial qui marginalise la spiritualité africaine, réduisant les pratiques sacrées à de la superstition au lieu de les reconnaître comme des systèmes de sagesse et de guérison.

 

Reprise moderne et équilibre culturel

Pourtant, il y a de l’espoir. À travers l’Afrique, de jeunes gens reprennent leur héritage spirituel. De plus en plus choisissent de devenir Sangomas, honorent leurs ancêtres et ravivent les Systèmes de Connaissance Indigènes (SCI). Ce mouvement ne représente pas un rejet de la modernité, mais un rééquilibrage : être moderne ne signifie pas être occidental. La force de l’Afrique a toujours été sa pluralité, sa capacité à embrasser tradition et innovation. L’objectif n’est pas d’abandonner le christianisme ou l’islam, mais d’honorer la spiritualité africaine parallèlement à eux. Invoquer les ancêtres n’est pas moins sacré que prier les saints. Se soigner avec des herbes est aussi valable que d’utiliser des médicaments pharmaceutiques. Le colonialisme nous a fait croire que la modernité nécessitait d’effacer l’Africain en nous, mais la modernité sans identité n’est pas la liberté, c’est une autre forme d’asservissement.

 

Conclusion

Au final, la question n’est pas de savoir si la spiritualité africaine est démoniaque, mais pourquoi nous continuons à laisser le colonialisme définir qui nous sommes. Reprendre notre spiritualité, c’est restaurer dignité et identité. Cela signifie enseigner à nos enfants que leurs noms, danses, rituels et prières sont sacrés, non pécheurs. Reprendre la spiritualité africaine, c’est reprendre l’estime de soi. C’est rappeler que nos manières de connaître, de guérir et de nous connecter au divin ne sont pas inférieures ; elles sont profondément humaines, d’une sagesse profonde et éternellement africaines.

 

Médias sociaux : http://www.facebook.com/gao_masikara

Gaolathe Masikara

VIEW ALL POSTS

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *