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Playful teasing amongst cousins. Photo credit - AI Generated

Le Ngon’n Nâan chez les ngambaye : Quand la taquinerie façonne les comportements

Introduction

Les Ngambaye sont un peuple du sud du Tchad, vivant principalement dans les régions du Logone Occidental et du Logone Oriental. Ils accordent une grande importance aux liens familiaux et aux traditions orales. Parmi ces traditions, le ngon’n nâanle (littéralement ngon’n signifie « enfant » et nâan « oncle », soit « l’enfant de l’oncle ») est une pratique culturelle où les cousins et cousines, dans une forme de taquinerie parfois virulente, cherchent à influencer le comportement de leurs pairs. Pourtant, ce n’est pas seulement un moyen d’humour ; cette pratique est aussi un moyen d’éduquer et d’encourager un changement de comportement, notamment chez les jeunes hommes ou jeunes femmes. Ce phénomène, bien qu’il semble banal, est un véritable outil social.

 

Le Ngon’n Naàn : Une Taquinerie Qui Cache un Enjeu de Comportement

Le ngon’n nâan est un jeu social pratiqué chez les gambaye, entre cousins ou cousins et cousines. À travers des taquineries parfois virulentes, les jeunes membres de la famille s’adressent des remarques, des piques et des plaisanteries, souvent teintées d’ironie ou d’exagération. Toutefois, l’objectif n’est pas de blesser, mais plutôt d’inciter l’individu à prendre conscience de certains aspects de son comportement et, éventuellement, à s’améliorer. Par exemple, un jeune homme perçu comme arrogant peut être la cible de moqueries sur son excès d’orgueil afin de l’amener à adopter une attitude plus humble. De même, une cousine jugée trop réservée pourrait être taquinée pour l’encourager à être plus sociable. Cette forme de communication indirecte, bien qu’elle puisse sembler rude, repose sur une logique de bienveillance et de solidarité familiale. Loin d’être un simple jeu, elle constitue un outil d’apprentissage social efficace. Les adultes peuvent également jouer ce rôle de « moqueur » dans certaines situations, surtout lorsqu’il s’agit de rappeler à un jeune ses devoirs envers la famille ou la communauté. Ce mode d’éducation, basé sur l’humour et la critique constructive, permet d’éviter les confrontations directes tout en exerçant une influence positive sur les comportements.

 

Les Funérailles : Le Moment de Révéler les Vérités Non-Dites

Outre son rôle éducatif dans la vie quotidienne, le ngon’n nâan prend une tournure encore plus significative lors des funérailles. Dans la tradition ngambaye, après l’enterrement d’un Homme, les neveux et nièces, qui font partie des proches du défunt, viennent dévoiler sous forme de scène des aspects cachés de la vie de l’oncle décédé, souvent en présence de ses fils et autres proches. Ce moment particulier est un rituel où l’on se souvient des qualités et des défauts du défunt. Ces révélations, souvent faites de manière  théâtrale, sont destinées à rappeler aux enfants du défunt, des aspects de leur père qu’ils ne connaissaient pas ou qu’ils négligeaient. Il s’agit d’événements de la vie de leur père, de ses erreurs, ou de ses bonnes actions qui n’ont jamais été partagées de son vivant. Ce rituel sert à renforcer les liens familiaux, mais aussi à guider les enfants du défunt dans leur propre parcours de vie. Les nièces et neveux, par ce geste, rappellent la place du défunt dans la famille, et ils œuvrent, parfois indirectement, à la préservation de son héritage.

 

Un Rituel Chargé d’Émotions et de Transmission

La scène qui se joue lors de ces funérailles  est chargée d’émotions. Les nièces et neveux, souvent en quête de respect et d’une certaine forme de reconnaissance, prennent la parole pour honorer leur oncle, mais aussi pour faire passer des messages. Ils dévoilent ce qui n’a jamais été dit, en insistant sur la manière dont leur oncle a vécu, ses choix de vie, et ses relations avec les autres membres de la famille. Ce moment, bien que parfois lourd et rempli de tension, est un puissant outil de transmission entre les générations. Il permet aux jeunes de découvrir des facettes de leur famille qu’ils ne connaissaient pas et de comprendre mieux les sacrifices ou les erreurs qui ont façonné les aînés. 

 

Conclusion

Le ngon’n nâan est plus qu’un simple jeu. C’est un outil d’éducation et de transmission. Dans la vie quotidienne, il corrige les comportements. Lors des funérailles, il révèle des vérités et renforce la mémoire familiale. Cette tradition ngambaye est une preuve que l’humour et la parole ont un pouvoir immense dans la construction des relations et des valeurs.

 

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Alain Saint-Pierre Mbaiadjim

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