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A picture of the elderly population facing hardships. Photo credit - Rádio Moçambique | Facebook

Des feux de l’indépendance aux sols froids : les aînés oubliés du Mozambique

Introduction

Au Mozambique, les personnes âgées représentent 4,8 % de la population, selon l’Institut National de Statistique (Instituto Nacional de Estatística – INE). Grâce aux améliorations progressives des soins de santé et des conditions de vie, ce chiffre devrait augmenter dans les prochaines années. Pourtant, ceux-là mêmes qui ont autrefois façonné leurs familles et leurs communautés sont aujourd’hui confrontés à une négligence croissante, à l’abandon et à des niveaux alarmants de violence physique, psychologique et patrimoniale.

 

Isolement et vulnérabilité

Alors que la jeune génération migre vers les centres urbains en quête d’emploi, de nombreux aînés sont laissés dans les zones rurales, privés de soins et de soutien constants. L’isolement se transforme rapidement en vulnérabilité. Dans les cas extrêmes, les personnes âgées subissent des violences physiques de la part de membres de leur famille ou de soignants qui les considèrent comme un fardeau. Les accusations de sorcellerie en particulier à l’encontre des femmes âgées sont encore répandues dans certaines communautés, entraînant des agressions brutales et une exclusion sociale à vie.

 

Abus patrimoniaux et psychologiques

Au-delà des violences physiques, de nombreuses personnes âgées mozambicaines sont victimes d’abus patrimoniaux. Accaparement de terres, pensions détournées, transferts forcés de biens par des proches : tout cela les laisse dans le dénuement. Avec un accès limité à la protection juridique et aux ressources financières, beaucoup vivent dans la pauvreté et dépendent d’un soutien étatique insuffisant.
Pendant ce temps, les abus psychologiques bien que moins visibles infligent des blessures profondes. La négligence, les insultes et l’abandon affectif entraînent dépression, anxiété et sentiment d’inutilité. La stigmatisation liée au vieillissement réduit encore leur voix au silence, les privant de la dignité qu’ils méritent.

 

La Loi de protection des personnes âgées et ses limites

Pour répondre à ces problématiques, le Mozambique a adopté en décembre 2013 la Loi de protection des personnes âgées. Cette législation vise à garantir les droits des aînés, notamment en matière d’accès aux soins de santé, au soutien social, et à la protection contre les abus et la discrimination. Cependant, malgré ses nobles intentions, la loi reste largement méconnue et peu appliquée. Nombreux sont les aînés qui ignorent l’existence de leurs droits, et les institutions étatiques manquent souvent de capacité pour mettre en œuvre ou surveiller son application de manière efficace. Les infrastructures sociales sont limitées, les centres de soins publics pour personnes âgées rares, et le soutien communautaire faible autant de facteurs qui compliquent la réponse aux besoins croissants de cette tranche de la population. Les accusations de sorcellerie, la pauvreté persistante et les normes culturelles profondément ancrées continuent de mettre les aînés en danger, tandis que l’absence de campagnes de sensibilisation les isole davantage des protections auxquelles ils ont droit.

 

Un appel au changement

Pour renverser cette crise, le Mozambique doit faire de la prise en charge des personnes âgées une priorité nationale. Le gouvernement doit élargir l’accès à l’aide financière, au logement sécurisé et aux centres de soins communautaires. Des campagnes de sensibilisation à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux et via des actions locales peuvent informer les citoyens sur les droits des aînés et sur la loi de 2013. Les forces de l’ordre doivent également être formées pour traiter les cas de maltraitance avec rapidité et sérieux.
Il est essentiel que les communautés soient incitées à restaurer les valeurs traditionnelles de respect envers les aînés, afin qu’ils soient honorés, et non blessés.

 

Conclusion

La population âgée du Mozambique est en augmentation tout comme sa vulnérabilité. La Loi de 2013 existe, mais elle ne suffit pas. Une meilleure sensibilisation, une application plus rigoureuse et un changement culturel sont indispensables. Ces aînés ont marché pour que nous puissions courir. Il est désormais de notre responsabilité collective de veiller à ce qu’ils ne soient pas laissés seuls à marcher dans leurs dernières années.

 

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Lwandy Mulhanga

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