En conversation avec Madhvi Dalal, fondatrice de PadMad Kenya.

Madhvi Dala est fondatrice de PadMad Kenya, une initiative qui vise à améliorer la santé des femmes en éduquant la société sur la santé menstruelle et à retenir les filles dans les systèmes éducatifs par action écologiquement responsable. À travers l’éducation, la responsabilisation et la durabilité, PadMad a l’intention d’arrêter la pauvreté menstruelle. Right for Education a rejoint Madhvi pour discuter de son travail pertinent. 

 

R:Ed: Est-ce que vous pouvez me donner une vue d’ensemble de votre projet s’il vous plaît ? 

 

Nous sommes PadMad, une entreprise sociale fondée sur la pauvreté menstruelle. Nous avons commencé au Kenya en s’occupant de la pauvreté menstruelle avec une solution durable. Maintenant, l’entreprise se trouve dans différents pays en Afrique, en Europe, et en Asie. L’idée est de promouvoir les règles positives, parler de la gestion et l’éducation des filles et fils. On doit penser aux différences culturelles, à la pénurie de savoir-faire, à la pénurie d’accessibilité, et au caractère abordable du produit. Nous fabriquons des serviettes hygiéniques. Les serviettes elles-mêmes constituent 30% de ce que nous faisons. Les idées principales derrière de l’initiative sont de fournir l’éducation de Santé Menstruelle et de retenir les filles dans les systèmes éducatifs. PadMad ouvre les forums pour parler des règles, la puberté, les infections, et les alternatives de gestion. 

 

R:Ed: Pourquoi est-ce que votre travail est si crucial ?

 

Avant le Covid, 65% de filles et femmes ne pouvaient pas s’offrir des serviettes au Kenya. Un quart du cursus scolaire manque aux filles en scolaire secondaire à cause des règles. 

 

Je travaillais avec des étudiantes pour leur enseigner le yoga et la danse. Ces filles étaient déjà assez privilégiées pour recevoir une éducation, mais elles manquaient l’école et prenaient du retard à cause d’un manque des serviettes hygiéniques. Je ne comprenais pas et voulais savoir si c’était un problème des bidonvilles urbains ou un problème national. Je voyageais un peu au Kenya pour voir ce qui se passait là-bas. C’est à ce moment que je me suis retrouvée vraiment nez à nez avec les choses auxquelles les filles doivent faire face. J’ai appris qu’il existait une tendance qui s’appelait sexe pour serviettes, qui est essentiellement le sexe transactionnel en échange d’un paquet de serviettes hygiéniques. 

 

Les femmes utilisent aussi des choses étranges et merveilleuses pour faire des serviettes : les matelas, les feuilles, les boulettes emballées en mouchoir de papier comme des tampons, et même les serviettes jetées par d’autres personnes, pour pouvoir aller au travail. Je ne voulais pas penser à une initiative qui traitait des serviettes jetables, parce qu’on doit se souvenir, où ces filles les disposent ? Il n’y a pas une collection de déchets sophistiqués. Les serviettes sont chères. Si vous donnez la réserve d’un an, les familles ont besoin de nourriture et donc, les serviettes sont vendues. Je voulais trouver une solution qui était un peu plus durable et respectueuse de l’environnement. J’ai fait un produit 100% naturel et 100% biodégradable. Il n’a aucune toxine. Les serviettes jetables contiennent la dioxine qui provoque quelquefois des crampes menstruelles. Une serviette hygiénique peut prendre jusqu’à 800 ans pour pourrir. Nos serviettes se décomposent pendant six mois. 

 

On a dû dessiner un produit qui permet aux filles de se sentir confiantes et qui est accepté par la communauté. L’usage de la coupe menstruelle n’est pas largement accepté. On a dû éviter les suppositions que les écoles ont des sanitaires privés et de l’eau courante. 

 

Il y avait un incident où une fille était déshonorée dans son école, parce qu’elle avait fait une tache sur ses vêtements, à 9 heures du matin. Le professeur l’avait déshonorée devant la classe et l’avait renvoyée chez elle. Sa mère est partie au travail, et quand elle est revenue, la fille s’était pendue. J’entends beaucoup d’histoires, y compris des orphelins vivant dans un système éducatif dans lequel ils doivent coucher avec les professeurs pour obtenir des serviettes hygiéniques. 

 

Avec le savoir et avec le produit, les filles ne doivent pas aller mendier, elles ne doivent pas endurer le sexe transactionnel. 

 

Les femmes sont obligées d’apporter leur aide à elles-mêmes pendant une règle. Les femmes couchent avec les autres femmes dans la communauté pour obtenir des serviettes, pouvoir aller au travail et pour gagner de l’argent pour acheter la nourriture. Ce genre d’histoires ne sont pas toujours révélés car les femmes ne peuvent pas en parler. Il y a une gêne énorme qui y est attachée. Pendant le COVID, quand les écoles étaient fermées pendant neuf mois, beaucoup de filles sont devenues enceintes. Maintenant, beaucoup d’eux ne retournent pas à l’école. La raison pour laquelle elles sont tombées enceinte est parce qu’elles avaient un, deux, trois copains qui leur achetaient des serviettes, des chaussures, ou de la nourriture. L’économie n’était pas géniale déjà. Et déjà les parents ne s’occupent pas d’eux. Donc, les personnes se baladent et c’est devenu un problème. 

 

R:Ed: Est-ce que vous pouvez décrire le produit? 

 

Au début je pensais que j’enseignerai à toutes les filles et tous les fils dans les écoles comment coudre une serviette. Cependant, ça a échoué parce que le programme est dur. Les filles n’ont pas le temps. Aussi, certaines filles n’ont pas encore accès à la matière. Actuellement, nous formons les femmes marginalisées (les veuves, celles qui sont séropositives, les mères seules qui ont été abusées) à coudre. Les femmes qui sont en danger peuvent venir et coudre chez moi. J’achète le tissu et je veille à ce qu’il soit lavé, coupé, et habillé pour assurer la qualité. Elles ne doivent pas acheter la matière. Je suis le marché. J’achèterai chaque serviette qu’elles font. 

 

Les serviettes hygiéniques seront utilisées par milliers de filles, donc on doit tenir compte de règles légères et abondantes. On peut utiliser aussi le revêtement pour conserver l’hygiène car les infections pourraient durer quelques mois. Nous avons fait un pilote au Aberdeen avec 50 collégiennes. Elles ont dit que les serviettes étaient trop grandes pour qu’elles portent des vêtements serrés, donc nous avons adapté le kit. Nous avons obtenu des réactions des filles au Kenya qui étaient embarrassées d’accrocher dehors les serviettes, donc nous utilisons la matière imprimée pour les rendre plus stylées et réversibles avec ailes. 

 

J’utilise le produit et les miens m’ont duré plus de cinq ans. On doit avoir une date d’expiration, et on dit cinq ans, mais naturellement elles devraient durer plus longtemps.

 

R:Ed: Qu’est-ce qu’avez-vous fait pour éduquer les gens? 

 

Nous avons fait des ateliers avec plus de 20 000 filles actuellement. Il y a un programme dans le système éducatif du Kenya qui s’appelle le système reproducteur, c’est quasiment des connaissances théoriques, qui n’est pas si pratique pour les filles de savoir. En fait, une règle dure 28 jours. Mais les gamins ont besoin d’information pratique : bon, c’est normal, mais c’est à ce moment que vous devez chercher l’aide médicale. Décrire ce que c’est une infection urinaire, à ce que l’abuse domestique ressemble, comment conserver l’hygiène pendant une règle, ce que sont les conséquences potentielles de sexe transactionnel, et à ce que les règles ressemblent en réalité. J’insiste pour que les fils assistent aussi. 

 

R:Ed: Quel sort d’impact pensez-vous que ces discussions ont eu sur la marque d’infamie et le problème de tabou dans les écoles? 

 

Un atelier peut durer n’importe temps entre une heure et quatre heures. On parle du MGF et de la responsabilisation, on fait du yoga. L’idée n’est pas qu’ils parlent quand je suis là, mais pour qu’ils soient assez confortables de parler quand je suis partie. À quoi ressemble une règle ? L’idée est de développer un espace sûr pour les enfants. Nous faisons face aux scénarios et encourageons la communication entre les professeurs et les étudiants. Les fils disent, “nous ne se leur moquerons jamais”, et les professeurs disent, “nous les soutiendrons ». Il s’agit moins du contenu de l’atelier, il s’agit plus de construire la confiance pour que tout le monde parle. 

 

R:Ed: Quelles sont les conséquences positives auxquelles vous avez assisté?

 

 Il y a un lieu ici au Kenya qui s’appelle Isiolo. C’est un endroit difficile à accéder, il y a beaucoup de tension là : des troubles politiques et le terrorisme. Peu de gens y vont, surtout pas pour régler les problèmes. Quand je suis arrivée, ma seule demande était que les fils et les filles puissent discuter avec l’un et l’autre. Il y avait une tente sophistiquée pour nous, les dignitaires, et une autre grande tente pour les enfants. Ils avaient invité les parents, les gamins, les fils, les filles, et aussi les chefs de la communauté. C’est principalement musulman et c’était pendant ramadan. J’avais beaucoup de peur à cause de ma couleur de peau différente et étant femme qui allais leur parler d’une règle pendant ramadan. Mais, il y avait tellement de succès. Les filles ont posé des questions devant les chefs. Les chefs ont posé des questions pratiques aussi puisqu’ils n’ont peut-être jamais entendu de telles choses, mais ils ne les connaissent peut-être pas. Les fils sont toujours les plus curieux parce que soudainement on parle du tabou. Donc oui, ça marche très bien, de telles sortes de conversations aident beaucoup. 

 

R:Ed: Est-ce que vous cherchez à vous développer dans des pays différents? 

 

Nous sommes en train d’essayer de faire un produit qui est plus abordable. En plus, nous voudrions vendre le produit dans les plateformes globales, surtout au Grand Bretagne, en Allemagne, et en Suède. 

 

R:Ed: Qu’est-ce que vous pensez de la nouvelle politique de santé menstruelle au Kenya?

 

C’est une étape très importante. Je pense que c’est une très bonne chose, mais je ne suis pas sûr de l’impact. C’est un processus très difficile. 

 

R:Ed: Quels sont les problèmes auxquels vous avez fait face?

 

Je n’ai pas rencontré de problèmes considérables. Je veux dire qu’il existe une grande idée fausse sur les infections et les réutilisables. En général, les gens pensent que si les serviettes à usage unique sont blanches et dans un paquet, elles sont stériles et plus sain pour nous que les serviettes réutilisables. Le défi d’ignorance est grand. Une autre idée fausse est qu’on a besoin d’avoir beaucoup d’eau pour laver les serviettes hygiéniques correctement. Nous avons montré un milliard de fois qu’on a seulement besoin d’un peu d’eau. Si vous avez assez d’eau pour laver vos sous-vêtements, vous êtes parés. Certains vieux hommes qui prennent des décisions ne savent pas, la chimie du sang, la chimie des règles, la cohérence, la viscosité, et beaucoup d’autres choses. Il y a des défis scientifiques considérables. C’est difficile de convaincre les donneurs que nous pensons à un produit plus propre. 

 

R:Ed: Comment pouvons-nous nous impliquer?

 

Nous avons tant de possibilités. Les dons seraient salués bien sûr. La génération plus jeune fait du bon. Je suis terrible avec les réseaux sociaux. Quand une personne jeune arrive et demande de m’aider je dis, “Vous êtes bon avec les réseaux sociaux. Pourquoi pas vous, quand vous voyez une histoire, vous la postez et laissez les gens discuter. » Laisse les gens apprendre à ce que les jeunes filles font face, ce que c’est le vrai problème. Les filles ont besoin d’utiliser des forums en ligne pour apprendre comment utiliser les serviettes. Le Kit Deluxe, y compris la variété des serviettes, est environ cinq et demi et six livres, et peut aider une fille d’éviter de faire la prostitution pendant cinq ou six ans. Ces sortes de conversations sont très utiles. C’est très utile pour les gens de parler d’avoir un choix et d’évoluer vers les réutilisables. Pendant les dernières cinquante années, on a eu un problème avec le consumérisme. Écologiquement parlant, on a besoin de prendre des décisions conscientes, parce que c’est une génération qui a besoin de dire, “Bon, nous ne jetterons pas des serviettes à chaque cycle menstruel, nous devons penser à une sorte d’alternative réutilisable.” Que ce soit la coupe menstruelle ou la serviette hygiénique réutilisable, ou quel que ce soit, je pense que chaque personne qui a une règle a besoin de savoir qu’elles devraient pouvoir choisir pour elles-mêmes et faire leur propre choix conscient. 

 

Explorez ici le site de web de PadMad, où vous pouvez acheter les serviettes hygiéniques ou faire un don :

https://padmadkenya.com/about-us/

Marwin Ramos

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