En conversation avec Abdoulaye Ndiaye, un macroéconomiste sénégalais

Abdoulaye Ndiaye est un économiste sénégalais et professeur assistant à l’Université de New York. Right for Education s’est entretenu avec lui pour parler d’investissement et de croissance économique, de la jeunesse, du chômage, et des sources d’espoir en 2020.

R:Ed : Pouvez-vous nous parler de vous et de votre travail ?

Je m’appelle Abdoulaye Ndiaye. Je suis professeur adjoint d’économie à l’Université de New York à la Stern School of Business, et je suis originaire du Sénégal. Je travaille sur des questions de macroéconomie et de l’économie public, comme les questions relatives à la fiscalité, la réforme de la sécurité sociale et les questions relatives au marché du travail aux États-Unis. Je m’intéresse également à des sujets tels que le développement, la croissance et l’inégalité en Afrique. Avant de venir à NYU, j’ai travaillé à la Banque fédérale de réserve de Chicago pour être plus exposé à la politique monétaire.

R:Ed : Vous avez dit que vous vous intéressiez aux modèles de croissance économique. Pouvez-vous nous parler de comment ces modèles ont représenté vos expériences au Sénégal ?

Nous savons que la croissance se produit grâce à l’amélioration de la productivité domestique, qui améliore la productivité. Cela se produit lorsque l’éducation s’améliore et que le capital humain augmente. En revanche, il y a eu de nombreux programmes d’infrastructure en Afrique subsaharienne. En raison du manque d’expertise nationale, les contrats relatifs à ces projets font souvent partie d’accords bilatéraux avec certains pays européens et la Chine, ce qui signifie que ces contrats n’augmentent pas l’expertise nationale. C’est ce que j’appellerais « croissance tirée par les importations » plutôt qu’une croissance qui serait alimentée par des améliorations de la productivité intérieure.

Ce schéma devrait être inversé : nous devrions nous concentrer davantage sur l’amélioration de l’éducation et l’augmentation d’investissement dans la science et la technologie au lieu d’une croissance tirée par les importations, qui n’est qu’un transfert de technologie sans compétences.

R:Ed : A quoi ressemble l’investissement durable dans l’éducation et l’amélioration du capital humain ? Avez-vous vu récemment des exemples positifs de projets allant dans ce sens ?

Tout d’abord, nous devons augmenter le budget consacré à l’éducation et subventionner la recherche et le développement. Il faut également promouvoir l’engagement des jeunes, et des pays comme le Rwanda ont vu de nombreux jeunes gens créent des entreprises. Cependant, peu de choses vont vers ce genre de programmes. Lé projets d’ỉnfrastructure

sont considérés comme les projets phares ; après tout, il est plus difficile de voir les avantages à court terme dán l’investissement r dans l’éducation et dans la recherche et le développement. Néanmoins, nous devrions investir plus précisément dans ces domaines.

R:Ed : Pour ces projets, un investissement initial en capital est nécessaire. Quel est l’avenir des prêts entre les gouvernements africains et les institutions internationales ?

De nombreux pays africains dépendent des prêts en raison de la difficulté à lever des fonds locaux. Actuellement, le pays qui prête l’argent peut entreprendre le contrat, recevoir les intérêts du prêt et compter le projet en tant qu’aide étrangère. Il s’agit d’une triple victoire pour le prêteur, mais moins pour le bénéficiaire. Nous devrions dépendre moins des prêts bilatéraux et trouver des fonds par des moyens qui ne nécessitent pas de prêt. Par exemple, l’État et la capacité fiscale devraient augmenter. Toutefois, il reste un important secteur informel non taxé. Cela concerne non seulement les travailleurs de rue, mais aussi les grandes entreprises qui opèrent de manière informelle. Inciter les entreprises à se formaliser est un moyen de collecter des fonds. Cela peut se faire en prévoyant, par exemple, l’assurance chômage. Enfin, j’aimerais parler de la Banque mondiale, dont le slogan est « Doing Business” qui a été utilisé pour justifier et motiver les investissements dans différents pays. Cependant, nous avons vu récemment que ces rapports sont susceptibles d’être manipulés et que les recettes fiscales des entreprises sont souvent perdues. Il serait utile de réduire les exonérations fiscales dont bénéficient certaines entreprises en échange de leurs investissements.

R:Ed : Beaucoup de gens ont vu l’implication accrue de la Chine dans les IDE en Afrique dans le cadre de ce changement de politique bilatérale du passé, mais certains universitaires ont des doutes à ce processus. Quel est votre avis sur le rôle de la Chine dans le développement macroéconomique de l’Afrique saharienne ?

La présence de la Chine en Afrique, notamment par le biais du programme BRICs, s’est accrue. Cependant, il n’y a toujours pas de transfert de connaissances et de compétences à travers leurs projets. Les entreprises chinoises apportent souvent leur propre main-d’œuvre, et les projets sont entrepris sans embaucher de talents locaux. C’est encore une incursion impérialiste en Afrique par la Chine. À mon avis, il serait bon de s’éloigner de ce modèle

en négociant des contrats de manière à ce que la population locale soit également embauchée.

R:Ed : En parlant d’emploi, le chômage des jeunes dans le secteur formel est incroyablement élevé dans les zones urbaines de l’Afrique subsaharienne. Il semble s’agir d’une forme de chômage structurelle qui ne diminue pas ; pourquoi en est-il ainsi et que faisons-nous à ce sujet ?

En ce qui concerne la demande, de nombreux emplois formels sont au gouvernement au Sénégal. Il y a quelques emplois privés dans les multinationales étrangères, mais elles embauchent surtout la population la plus instruite. Si vous êtes sans diplôme universitaire ou secondaire, il est impossible d’obtenir ces emplois officiels. C’est pourquoi 97 % des emplois des jeunes se trouvent dans le secteur informel, dont beaucoup sont des entrepreneurs. Pour les offres d’emploi des jeunes, un facteur limitant est le niveau d’éducation des jeunes.

R:Ed : Cette année a été une période difficile pour beaucoup de personnes, il est donc parfois difficile de voir qu’il y a de bonnes nouvelles dans le monde. Où êtes-vous allés à la recherche de ces histoires positives et édifiantes en 2020 ?

C’est sans aucun doute un moment difficile, et il est important de le reconnaître. Néanmoins, il y a deux points positifs dans le développements suivant la pandémie. Tout d’abord, il s’agit d’une opportunité pour la révolution numérique de l’Afrique. Il était auparavant difficile d’adopter l’apprentissage en ligne dans l’éducation à grande échelle en raison d’un manque

ressources. Cependant, nous pouvons maintenant réaliser que l’éducation en ligne peut fonctionner parce que nous sommes obligés de l’utiliser. Ce lien renvoie également à la santé en ligne. Il n’y a pas assez de médecins en personne par habitant, donc

les visites de télésanté sont primordiales. Nous avons également numérisé nos services sociaux et gouvernementaux. Par exemple, de nombreux gouvernements utilisent maintenant la technologie mobile pour envoyer de l’argent aux gens. Deuxièmement, au début de la pandémie, nous étions très inquiets que les systèmes de santé de nombreux pays africains serait dépassé, mais jusqu’à présent, cela n’a pas été le cas. Il existe de nombreuses réserves à ce sujet, et les tests ne sont pas parfaits. Pourtant, nous ne voyons pas les gens mourir en masse dans les rues. Certains scientifiques examinent la structure par âge des sociétés africaines et de leurs jeunes populations les plus importantes, dans la mesure du possible que ceci explique la différence entre les taux de mortalité par habitant par rapport au monde occidental.

D’autres hypothèses suggèrent que les faibles taux de COVID en Afrique pourraient être dus à des facteurs environnementaux et ainsi de suite. Nous devons étudier ce sujet plus en profondeur, mais dans l’ensemble, il y a eu moins de dégâts que prévu. Ce sont là des développements positifs qui me donnent de l’espoir.

Vous pouvez suivre le travail d’Abdoulaye Ndiaye ici.

Marwin Ramos

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