En conversation avec Caitlin Graaf d’Imagine Scholar!

Caitlin Graaf travaille chez Imagine Scholar, une ONG sud-africaine qui soutient l’éducation des étudiants ruraux dans leur pays d’origine. R: Ed a rencontré Caitlin à Reimagine Education à Londres pour discuter de son travail et du système éducatif en Afrique du Sud. Imagine Scholar a reçu le prix « Gold » dans la catégorie Arts & Sciences Humaines, le prix « Silver » régionalement pour l’Afrique et le « Silver » pour l’innovation dans l’éducation K12.

R: Ed: Pourriez-vous nous présenter brièvement qui vous êtes et quel travail vous faites?

Je suis responsable de la stratégie et de l’engagement chez Imagine Scholar. Je travaille pour l’organisation depuis près de quatre ans. J’ai commencé ma carrière dans le secteur de l’environnent avant de trouver l’organisation. À l’époque je voulais changer de direction professionnelle pour travailler impacts de l’écotourisme sur les communautés locales autour du parc national Kruger en Afrique du Sud. Les locaux d’Imagine Scholar sont situés à environ 30 minutes au Sud de la porte Malelane du parc national Kruger en Afrique du Sud. L’organisation n’a aucun rapport avec l’industrie touristique. C’est une organisation éducative. Imagine Scholar a vu le jour lorsque notre fondateur, Corey Johnson, travaillait en tant que consultant pour identifier les étudiants susceptibles de recevoir des bourses universitaires. Il a découvert qu’il y avait un décalage entre ce à quoi le système d’enseignement public était en mesure de préparer les élèves et la manière dont ils devaient réellement réussir. Corey a rencontré des étudiants qui étaient frustrés par le manque d’accès aux opportunités et la médiocrité des infrastructures éducatives. Dix ans plus tard, Imagine Scholar a progressivement grandi et offre des solutions qui répondent à la demande des étudiants. Notre modèle est axé autour des étudiants. Plutôt que d’appliquer une méthode normative nous prenons en compte ce que veulent faire les étudiants. Je pense que cette approche nous permet de concevoir un programme très complet qui permet aux étudiants de choisir leur propre cheminement. Ce mode de fonctionnement m’a vraiment attiré. Imagine Scholar est une oasis pour l’éducation.

R: Ed: Les universitaires que vous soutenez suivent le programme d’études dont vous avez parlé en plus de leur scolarité gouvernementale normale. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur la façon dont Imagine Scholar en tant qu’organisation interagit avec le système éducatif du gouvernement sud-africain? Qu’aimeriez vous voir changer dans la façon dont le programme du gouvernement est conçu?

La réponse courte est qu’il n’y a pas beaucoup d’interaction. Le paysage politique éducatif sud africain est très complexe et n’a qu’une influence limitée sur les employeurs. Étant donné que le cadre national des certifications et les institutions étatiques ont subi de nombreux changements structurels, le système est complexe et difficile à comprendre. C’est pour ça que nous ne faisons pas partie de la structure éducative du gouvernement. En revanche, nous entretenons de bonnes relations avec les écoles auprès desquelles nous recrutons des élèves et nous souhaitons élargir notre réseau professionnel avec les enseignants et les élus locaux. Pour le moment nous ne travaillons pas beaucoup avec le système éducatif gouvernemental, mais cela pourrait changer au fil des ans. Cependant à l’heure actuelle, nous sommes encore divisé du point de vue des programmes d’études.

R: Ed: Ces problèmes dont vous parlez concernent principalement le primaire, le collège et le lycée. Certains de ces problèmes se retrouvent-ils également dans l’enseignement supérieur? Y a-t-il une manière spécifique dont vous aimeriez voir le système d’enseignement supérieur sud-africain évoluer, à la fois pour les diplômés d’Imagine Scholars et en général?

Le système d’enseignement supérieur sud africain a beaucoup changé au cours de ces dernières années. La campagne #FeesMustFall a apporté certains changements à la structure des prix qui ont rendu l’enseignement supérieur plus accessible en réduisant les augmentations des frais. C’est une bonne chose mais beaucoup d’étudiants sud-africains, et je pense que c’est un phénomène à travers l’Afrique, décident de partir étudier à l’étranger, principalement au Royaume-Uni ou aux États-Unis, puis en retournent en Afrique. Il y a deux cas de figures ; soit ils partent à l’étranger en dehors de l’Afrique du Sud dans des universités africaines, y compris la African Leadership University, soit en dehors de l’Afrique. Il est grand temps que le système évolue. Il n’est pas question de politique, mais d’éducation. Et jusqu’à ce que cela se produise, nous attendons notre moment et préparons nos étudiants pour qu’ils obtiennent les meilleurs résultats possibles. La décision d’étudier en Afrique du Sud ou à l’étranger dépend de chaque étudiant et de ses objectifs professionnels.

R: Ed: Le prestige, comme vous l’avez mentionné, d’étudier à l’étranger est souvent discuté parallèlement au phénomène de fuite des cerveaux. C’est-à-dire que les personnes qui vont à l’université à l’étranger, que ce soit ailleurs en Afrique ou hors du continent, ne retournent pas dans leur pays ou régions d’origine après l’obtention de leur diplôme. Ils retournent parfois en Afrique du Sud mais vont à Johannesburg, et non dans les zones rurales d’où ils viennent. En tant qu’organisation, comment combattez-vous ce phénomène? Quelles sont les solutions pour combattre ce problème à l’avenir? 

Oui, cette problématique est vraiment importante pour nous car nous opérons dans une zone qui particulièrement concernée. Nous sommes en zone rurale, dans un marché du travail fermé. Les étudiants ont du mal à trouver un emploi là où nous sommes parce que l’industrie y est sous développée. L’activité économique de la région, qui repose principalement sur le tourisme et le sucre,  ne séduit pas étudiants très instruits qui préfèrent plutôt partir. Grâce à notre programme nous permettons aux étudiants de poursuivre leurs études supérieures, mais les jeunes diplômés ont du mal à trouver un emploi. Je pense qu’en fin de compte, il est difficile pour les petites organisations d’avoir une clarté conceptuelle sur l’objectif. Notre but est-il de donner aux étudiants les ressources et les opportunités dont ils ont besoin pour s’épanouir individuellement, ou bien de revitaliser une communauté? Je pense que nous sommes quelque part entre les deux. Nous ne voulons pas limiter la liberté des étudiants au point d’exiger qu’ils reviennent. Cependant, nous essayons de mettre en place des structures qui leur permettent de revenir dès que possible. Dans ce cas, plusieurs scénarios sont possibles. Le plus efficace consiste à mettre en avant une culture du paiement en relation avec les types d’opportunités qu’ils ont eues. C’est l’ADN de notre organisation. C’est aussi un programme très familial, qui puise dans une forte éthique culturelle en Afrique du Sud. Nous avons été heureux de voir que beaucoup de nos diplômés ont exprimé leur envie de revenir au programme et dans la communauté pour faire quelque chose dans ce domaine. En 2020, nous recrutons également nos premiers anciens élèves qui viennent de terminer leurs études universitaires à Johannesburg. Alors que nous lançons et agrandissons de nouveaux campus dans notre région, nous espérons pouvoir créer un mécanisme d’embauche interne où nous créerons des emplois dans la communauté pour les étudiants.

R: Ed: Cela semble être une bonne idée. Pour conclure, quelles sont vos sources d’inspirations personnelles au quotidien?

J’ai eu la chance de travailler avec des gens très inspirants et des collègues incroyables. J’ai beaucoup appris de notre directeur chez Imagine Scholar. Il a fait du bon travail en étant très concentré sur la création du meilleur «produit» sans sacrifier un environnement de travail positif. Je pense que c’est ce genre de culture qui règne au sein du programme: une culture de la gentillesse et un espace de réflexion sous le ciel bleu, et qui se répercute sur les étudiants. Nous utilisons le terme «excellence ludique», c’est à dire que tout le monde a à un niveau très élevé mais c’est toujours la rigolade. Cela a également été un état d’esprit incroyable à cultiver dans une organisation en pleine croissance. Nos programmes fonctionnent très bien et nous sommes vraiment fiers de notre travail, mais il faut savoir laisser sont égo de côté et je pense que cela a été très important pour moi.

Pour en savoir plus sur Imagine Scholar, visitez notre page Facebook ou contactez Caitlin sur LinkedIn.

Marwin Ramos

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