Introduction
Au Cameroun, les politiques publiques de croissance économique reposent sur plusieurs secteurs, notamment l’agro-industrie, l’élevage, l’agriculture, le transport, les mines et les industries culturelles et créatives. Cela se vérifie dans les documents de référence que sont la DSCE et la SND30. Malgré l’attention accordée aux industries culturelles et créatives, le patrimoine archéologique reste peu considéré comme un levier de développement économique.
Les causes du désintérêt pour le patrimoine archéologique
L’archéologie est une science pluridisciplinaire qui consiste à comprendre le mode de vie des sociétés anciennes à partir des vestiges qu’elles ont laissés. Elle est utile au Cameroun dans un contexte où l’Afrique est à la recherche de son histoire. Ce désintérêt s’explique d’abord par la faible visibilité sociale de l’archéologie. Discipline relativement jeune au Cameroun, elle apparaît notamment avec les expéditions de Paul et Annie Leboeuf dans le nord du pays, l’institutionnalisation de la recherche avec des centres comme l’ORSTOM et son insertion dans le milieu académique après la réforme académique de 1993. Une partie de la population connaît l’archéologie, mais l’information sur son existence, sa faisabilité et ses débouchés reste limitée. Une autre, davantage attirée par les secteurs considérés comme prioritaires, ignore l’existence des sites archéologiques et les possibilités offertes par cette discipline.
Un patrimoine protégé par la loi, mais vulnérable sur le terrain
Le manque d’effectivité des politiques publiques constitue également un problème. La loi n° 2013/003 du 18 avril 2013 régit le patrimoine culturel camerounais et définit notamment les biens, sites et artefacts archéologiques. Le service d’archéologie du ministère chargé de la Culture a, entre autres missions, de suivre la protection, la conservation et la valorisation du patrimoine archéologique, d’élaborer la carte archéologique nationale et de veiller à l’application de la législation relative aux fouilles et recherches. Cependant, la mise en œuvre sur le terrain reste faible : destruction de sites par l’urbanisation, absence d’une carte archéologique nationale réellement disponible, manque de communication et insuffisance d’activités de terrain. Le financement demeure également un défi majeur. Les recherches dépendent souvent des primes de recherche, des grands projets structurants et des bailleurs internationaux. Après les recherches, la vulgarisation reste limitée.
Pour une meilleure considération du patrimoine archéologique
L’archéologie permet de comprendre une histoire qui n’est pas toujours écrite. Son intérêt économique réside notamment dans la valorisation de cette histoire à travers le tourisme. Il faudrait donc mettre effectivement en œuvre les missions d’archéologie de terrain, décentraliser les recherches, le contrôle, la sauvegarde et la valorisation des sites, afin de créer des circuits touristiques capables d’apporter de la valeur aux collectivités territoriales. Le financement de la recherche et de la valorisation doit également être renforcé. Enfin, la communication archéologique doit être accentuée à travers les blogs, la radio, les podcasts et les musées spécialisés.
Conclusion
L’archéologie au Cameroun est encore dans une phase de construction. Malgré sa faible visibilité, elle présente un fort intérêt historique et économique. Une gestion sérieuse, une meilleure réglementation et une valorisation adaptée pourraient contribuer au développement du tourisme et créer des opportunités pour les archéologues, archéomètres, médiateurs muséaux et guides touristiques.
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