Introduction
À Yaoundé comme à Douala, les écrans occupent une place croissante dans la vie des enfants. Cette exposition non encadrée soulève des inquiétudes pour leur capacité à lire, à se concentrer et à préserver leur équilibre mental. Face à cette réalité, les parents camerounais doivent reprendre leur rôle éducatif en fixant des limites claires et en valorisant la lecture. Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais d’apprendre aux enfants à l’utiliser sans devenir prisonniers de leur propre écran.
L’urgence de la pénétration mobile
Selon le rapport annuel 2022 de l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART), le Cameroun comptait plus de 27 millions d’abonnements téléphoniques actifs pour une population proche de 28 millions d’habitants. Le smartphone n’est donc plus un luxe réservé à une minorité : il est désormais accessible à de nombreux enfants. Sans encadrement parental, ceux-ci peuvent accéder librement et sans surveillance à Internet. L’appareil qui pourrait servir de bibliothèque devient alors une machine à capter l’attention, enfermant les enfants dans un cycle de défilement passif au détriment des apprentissages.
La crise des apprentissages à l’école
La conséquence la plus visible de cette dérive numérique apparaît dans les salles de classe. L’évaluation régionale du Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs de la CONFEMEN (PASEC) en 2019 a montré qu’une proportion importante d’élèves camerounais en fin de primaire n’avait pas atteint le niveau minimal en lecture et en écriture. L’exposition constante aux contenus courts peut réduire la capacité des enfants à maintenir leur concentration face aux textes complexes.
Une responsabilité parentale essentielle
Au-delà des apprentissages scolaires, les effets sur le bien-être psychologique sont préoccupants. La loi n°2010/012 du 21 décembre 2010 relative à la cybersécurité et à la cybercriminalité au Cameroun établit un cadre de protection dans l’environnement numérique. Les parents doivent donc jouer leur rôle de première ligne de défense en instaurant des règles simples : pas d’écran dans les chambres la nuit ni pendant les repas, afin de préserver l’équilibre des enfants.
Réintroduire le livre comme discipline
L’un des meilleurs antidotes au chaos algorithmique reste le livre. Encadrer les écrans ne signifie pas seulement les supprimer, mais aussi proposer des alternatives. Les parents doivent créer un environnement où le livre retrouve sa place comme outil de détente et d’apprentissage. Encourager la lecture d’auteurs camerounais, de Mongo Beti à Calixthe Beyala, permettrait aux enfants de renouer avec leur identité culturelle tout en développant leur capacité à suivre des récits complexes. Des espaces sans technologie à la maison peuvent également favoriser cette transition.
Conclusion
Le Cameroun se trouve à un moment charnière. La technologie a remporté la bataille de l’accessibilité ; il nous appartient désormais de gagner celle de la maîtrise. Les constats du PASEC nous rappellent le risque de voir émerger une génération connectée au monde, mais moins capable d’en comprendre les complexités en profondeur. Les parents camerounais doivent donc établir des limites claires à l’usage du numérique et apprendre aux enfants que le smartphone est un outil au service de l’être humain, et non un maître auquel il faut obéir.

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