Introduction
Depuis plusieurs années, des chercheurs invitent le grand public comme le monde universitaire à développer ce que l’on pourrait appeler des « oreilles décoloniales » : une manière d’écouter capable de remettre en question l’image projetée d’un afrikaans suiwer (pur ou correct) et de reconnaître les rythmes et sonorités plus anciens hérités des langues des personnes réduites en esclavage et de leurs descendants. Cette approche cherche à révéler l’histoire multiple de l’afrikaans et à rendre hommage aux communautés dont les voix ont contribué à façonner cette langue bien avant sa normalisation.
Le Kaaps Woriboek
Comme souvent dans les traditions musicales et poétiques africaines, chaque appel appelle une réponse. Ici, cette réponse prend la forme du Kaaps Woriboek, premier dictionnaire complet du kaaps publié en 2026 par Shofar Books. L’ouvrage a été dirigé par le professeur Quentin Williams, directeur du Centre de recherche sur le multilinguisme et les diversités (CMDR) de l’Université du Cap-Occidental (UWC). Le dictionnaire est l’aboutissement d’un projet de recherche mené en collaboration entre le Heal the Hood Project et le CMDR. Soutenu par le Département des affaires culturelles et du sport du Cap-Occidental ainsi que par le Centre pour la langue, la race et l’ethnicité de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), le projet visait à combattre les préjugés associés au kaaps et à ses locuteurs. Son objectif était également de mettre en lumière la richesse historique de cette langue tout en créant une ressource accessible aux lecteurs, chercheurs, enseignants et passionnés de langues.
Préserver une langue, préserver une identité
L’éditeur décrit ce livre comme « une ressource de référence historique présentant le système orthographique et l’évolution des mots du kaaps ». Pour la première fois, une langue autrefois largement utilisée comme langue commune parmi les communautés réduites en esclavage est officiellement documentée et conservée sous forme écrite. Le Kaaps Woriboek paraît à un moment où le kaaps continue de s’épanouir dans la littérature, le théâtre, la poésie et la musique. Des auteurs comme Adam Small, Nathan Trantraal et Ronelda S. Kamfer ont contribué à sa valorisation en l’utilisant comme outil d’expression culturelle et de revendication identitaire.
Conclusion
La publication du Kaaps Woriboek dépasse la simple sortie d’un dictionnaire. Elle représente une reconnaissance, une préservation et une affirmation culturelle d’une langue profondément enracinée dans l’histoire sud-africaine. Elle pourrait aussi inspirer une nouvelle génération de chercheurs, d’artistes et d’écrivains à poursuivre le travail de transmission et d’évolution de cette langue pour que son héritage continue de résonner dans le temps.
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