Introduction
Aux grands carrefours d’Abidjan, aux abords des marchés ou devant certains lieux de culte, des enfants tendent la main. Certains sont très jeunes. D’autres portent un nourrisson sur le dos. Ils circulent entre les voitures et s’exposent au danger. Derrière chaque enfant qui mendie, il y a une histoire complexe : pauvreté, rupture familiale, migration, parfois exploitation. Réduire le phénomène à un simple acte de mendicité serait une erreur. Il s’agit d’une question de protection de l’enfance et de responsabilité collective. Comprendre les causes profondes est la première étape pour proposer des réponses adaptées et durables.
Une réalité sociale qui dépasse la simple mendicité
La présence croissante d’enfants dans les rues ivoiriennes ne peut être analysée uniquement comme un problème d’ordre public. Pour certains, la mendicité est liée à une extrême précarité familiale. Les revenus sont insuffisants, l’accès à l’emploi est instable et les enfants deviennent un moyen de compléter les ressources du ménage. Pour d’autres, il s’agit d’enfants confiés à des tiers, parfois dans le cadre d’apprentissages religieux ou informels, où la mendicité devient une pratique imposée.
Une vulnérabilité multiple et profonde
La mendicité expose les enfants à plusieurs risques. Circuler entre les véhicules, passer la journée au soleil, dormir dans des espaces non sécurisés expose ces enfants aux accidents et aux maladies. Lorsque les sommes collectées sont contrôlées par un adulte ou un intermédiaire, la mendicité devient une forme d’exploitation. L’enfant travaille, mais ne bénéficie pas des ressources qu’il génère. Un enfant présent dans la rue est souvent absent du système scolaire. Cette rupture compromet son avenir, fragilise son développement émotionnel, sa confiance en lui-même et renforce le cycle de pauvreté.
Quel regard devons-nous porter ?
La première erreur serait l’indifférence. La seconde serait la stigmatisation. Ces enfants ne sont ni responsables de leur situation ni délinquants. Ils sont d’abord en situation de vulnérabilité. Le regard à adopter doit être fondé sur la protection. Cela signifie considérer la mendicité infantile comme une question de droits de l’enfant et non comme une simple nuisance urbaine. Un enfant dans la rue n’est pas un phénomène ordinaire : c’est un signal d’alerte.
Des solutions concrètes et applicables
Un plaidoyer crédible doit proposer des réponses réalistes. D’abord, renforcer l’identification et le suivi des enfants vulnérables grâce à des équipes mobiles de travailleurs sociaux, capables d’identifier les enfants à risque et d’assurer un accompagnement individualisé. Ensuite, soutenir économiquement les familles fragiles par des transferts sociaux ciblés ou des activités génératrices de revenus. Aussi, réintégrer les enfants dans le système éducatif grâce à des dispositifs passerelles adaptés aux enfants déscolarisés. L’application effective du cadre juridique ivoirien, combinée à une approche sociale et non uniquement répressive, est nécessaire. Enfin, sensibiliser les communautés aux conséquences de la mendicité infantile.
Conclusion
Un enfant ne devrait pas grandir dans la rue pour assurer sa survie ou celle d’un adulte. La mendicité infantile n’est pas une fatalité culturelle ni une simple conséquence de la pauvreté. Elle révèle des fragilités sociales profondes. Comprendre ces fragilités permet d’éviter les jugements rapides.

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