Introduction
Le 5 juin 2026, les riverains du barrage n°3 de la ville de Ouagadougou se sont réveillés avec la découverte d’une importante quantité de tilapias flottant le ventre en l’air sur l’eau. Si certains y ont vu un message spirituel de mauvais augure, les initiés au langage du One Health ont compris qu’il s’agissait plutôt d’un message d’alerte envoyé par la nature.
La cause de cet événement insolite
Une enquête menée par le ministère de l’Agriculture, de l’Eau, des Ressources animales et halieutiques a imputé la mort des poissons à une asphyxie. L’analyse de l’eau a révélé un déséquilibre de ses caractéristiques physiques et chimiques : eau acide, température élevée et manque d’oxygène dissous. Ce manque d’oxygène peut s’expliquer par le phénomène d’eutrophisation résultant d’une accumulation de matières organiques dans l’eau. Quand celles-ci sont trop nombreuses, elles favorisent le développement des plantes et des algues qui, en se décomposant, utilisent beaucoup d’oxygène, et donc en laissent moins dans l’eau. Ainsi, la forte pollution du barrage semble être la principale cause de cet évènement.
Quand le coupable devient une victime collatérale
Les sources de pollution du barrage révélées lors de l’enquête étaient multiples : canaux drainant des eaux usées, déchets d’établissements hôteliers riverains, résidus de pesticides issus des activités maraîchères environnantes déversés par ruissellement des eaux de pluie. Toutes ces actions, résultant d’activités humaines non encadrées, ont contribué à la dégradation de l’eau, à la mort des tilapias et, en cascade, à une possible détérioration de la santé des populations environnantes. En effet, le paradoxe de ces agissements repose sur un fait : la manipulation ou la consommation de cette eau ou de ces poissons expose à des risques allant de troubles digestifs ou cutanés bénins à des atteintes graves de différents organes, selon la nature des agents microbiens ou chimiques présents. Ce cercle d’intrication illustre parfaitement le concept One Health ou « une seule santé ».
Une seule santé, une seule responsabilité
Formulé au début des années 2000 et défini en 2023 de manière commune par l’OMS, la FAO, le PNUE et l’OMSA, le One Health repose sur une idée simple mais puissante : les santés humaine, animale et environnementale sont indissociables. Plusieurs interconnexions ont déjà été démontrées. Il y a le cas des zoonoses, maladies transmises par les animaux, comme la rage par morsure de chien ou Ebola par manipulation et consommation de certaines viandes de brousse. Un autre exemple est l’usage abusif d’antibiotiques par les éleveurs pour accélérer la croissance de leurs bêtes de rente, favorisant ainsi l’apparition de microbes résistants aux traitements usuels chez les consommateurs de ces produits. L’être humain se révèle ainsi être un maillon vulnérable d’une chaîne qu’il peut, par ses actions, préserver ou dégrader. L’Afrique, particulièrement touchée par les zoonoses et autres menaces interconnectées, intègre progressivement l’approche One Health dans ses politiques de santé. Son opérationnalisation reste cependant un défi.
Conclusion
Le cri de détresse lancé le 5 juin 2026 par une nature négligée relève d’une question de survie collective et démontre l’urgence d’une application effective du concept One Health. Il rappelle également un enseignement essentiel : prendre soin de son environnement et des animaux qui nous entourent, c’est aussi prendre soin de soi et de ses proches.
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