Introduction
Il y a un mensonge invisible qui s’est installé dans nos esprits : croire que pour entrer dans le XXIe siècle, l’Afrique doit jeter son passé à la poubelle. Aujourd’hui, dès qu’on parle de développement, on nous met un marché en main. Soit tu restes attaché à tes coutumes et tu es un rétrograde, soit tu adoptes les codes occidentaux et tu deviens un homme civilisé. Ce choix est une illusion. À force de courir après une modernité qui n’a pas été pensée pour nous, nous sommes en train de devenir des spectateurs de notre propre histoire, connectés au monde entier mais déconnectés de nos propres racines.
Briser le mythe d’une tradition parfaite
Regardons la vérité en face, avec la lucidité de ceux qui refusent de vivre dans le mythe. La tradition n’est pas parfaite. Sous l’arbre à palabre, la sagesse des anciens a trop souvent servi à étouffer la voix des femmes, à refuser la terre aux filles ou à sacrifier les libertés individuelles sur l’autel de la volonté du clan. La modernité a apporté des outils de justice indispensables. Le droit écrit, les tribunaux et les institutions modernes ont posé des garde-fous là où l’arbitraire coutumier faisait la loi. Le progrès technique, la médecine, la science et les technologies ne sont pas des caprices occidentaux : ce sont des nécessités vitales pour nourrir nos peuples, soigner nos malades et donner un avenir à notre jeunesse. La modernité nous a sortis de l’isolement.
Quand le progrès devient déracinement
Mais le piège s’est refermé lorsque nous avons confondu progrès technique et assimilation culturelle. En important lois, constitutions et codes civils sans adaptation, nous avons créé des États hors-sol. Nos tribunaux parlent des langues éloignées des citoyens, nos titres fonciers fragilisent la solidarité villageoise et l’individualisme gagne du terrain. Nos enfants oublient leur histoire. Nous ne nous sommes pas modernisés : nous avons adopté de nouvelles habitudes de consommation.
Un appel à une modernité africaine assumée
La leçon à retenir est urgente : le problème de l’Afrique n’est pas la modernité, c’est notre complexe d’infériorité face à elle. Le Japon, la Chine ou l’Inde ont adopté les ordinateurs, les gratte-ciels et la finance mondiale sans perdre une seule ligne de leur identité, de leur langue ou de leur spiritualité. Ils ont utilisé la modernité comme un outil, pas comme un maître.
Conclusion
La culture n’est pas un musée qu’on doit figer dans le passé, et la modernité n’est pas un rouleau compresseur qui doit tout effacer. Notre rôle n’est pas de choisir entre le juge et le chef coutumier, mais de forcer le juge à comprendre la réalité de nos milieux et le chef à respecter la dignité humaine. Il est temps de cesser d’être des mimes. Ayons le courage et la fierté d’inventer notre propre modèle de civilisation. Le jour où nous comprendrons qu’on peut être un juriste brillant, utiliser les technologies du futur et rester profondément ancré dans les valeurs de solidarité africaine, l’Afrique cessera de suivre le monde : elle commencera à lui montrer la voie.

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