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An illustration of the Samo people talking the San language. Photo credit - AI Generated

LA DISPARITION SILENCIEUSE DU SAN : LE PEUPLE SAMO FACE AU RECUL DE SA LANGUE

Introduction

Sur près de 2 000 langues parlées en Afrique, l’UNESCO estime qu’environ un tiers sont aujourd’hui menacées d’extinction au cours de ce siècle. Le san, langue du peuple samo en Afrique de l’Ouest, figure parmi celles dont la survie dépend désormais d’une seule génération. Dans trente à quarante ans, si la dynamique actuelle se poursuit, le san aura cessé d’être une langue maternelle pour la majorité des enfants nés de parents samo.

 

À la découverte du peuple Samo

Les Samo, également appelés Sanan ou Samogho, constituent un peuple mandé issu de l’expansion historique de l’empire du Mandé. Ils occupent principalement la boucle du Mouhoun au nord-ouest du Burkina Faso, ainsi que des zones du sud-est du Mali et du nord de la Côte d’Ivoire. Leur langue regroupe plusieurs variantes du groupe mandé et porte une tradition orale documentée depuis les années 1960. Combien de jeunes Samo, aujourd’hui, savent encore ce que signifie leur propre nom de famille ?

 

Pourquoi le San recule ?

Le mécanisme de cette disparition est connu. Les parents samo, en particulier ceux qui s’installent en milieu urbain ou à l’étranger, cessent de transmettre le san à leurs enfants. Ces derniers grandissent en parlant français, dioula ou encore moré. Selon les linguistes, l’absence de transmission familiale constitue la première cause d’extinction des langues dans le monde, devant la répression ou la disparition physique des locuteurs. Une langue meurt rarement sous les coups d’un ennemi extérieur. Elle meurt par décision de ceux qui la portent. Plusieurs autres facteurs structurent ce choix. Le san demeure absent des programmes scolaires, ce qui le prive de cadre formel de valorisation. La migration urbaine impose la langue dominante du milieu d’accueil. Certains parents perçoivent les langues locales comme moins utiles que les langues internationales pour la réussite de leurs enfants, perception que la sociolinguistique qualifie d’insécurité linguistique.

 

Les conséquences de la rupture linguistique 

Les conséquences dépassent le registre linguistique. Une langue véhicule des contes, des proverbes, des classifications du monde et des pratiques rituelles. Le san porte ainsi le tolo, célébration annuelle dédiée aux ancêtres, les masques rituels samo et la signification originelle des patronymes du peuple. Si la chaîne de transmission se rompt, ces éléments chargés d’histoire et de culture disparaîtront en l’espace d’une génération, sans archive et sans retour possible.

 

Conclusion

Des initiatives existent. Des linguistes ont fixé une orthographe écrite du san depuis les années 1980. Des artistes diffusent la langue à travers la musique. Cependant, aucune de ces initiatives ne pourra cependant remplacer le geste fondamental qui détermine la survie d’une langue : qu’un parent la parle à son enfant. Le sort du san se joue désormais dans les foyers samo, et nulle part ailleurs. La question n’est pas de savoir si la langue mérite d’être préservée. Toute langue le mérite, et le san possède un patrimoine que l’humanité ne pourra reconstituer une fois perdu. La question est de savoir si la génération actuelle de parents samo choisira de transmettre, ou de laisser leur langue s’éteindre dans le silence. 

Konate Yacouba

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