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An old lady teaching children about N|uu. Photo credit - AI Generated

Sauver le Nluu : le combat pour préserver les premières langues d’Afrique du Sud

Introduction

Dans le Northern Cape en Afrique du Sud, une langue autrefois parlée par des milliers de personnes se trouve aujourd’hui au bord de l’extinction. Avec un seul locuteur fluent restant, le Nluu est considéré comme l’une des langues les plus menacées d’Afrique australe. Pendant plus de vingt ans, on a cru qu’elle avait disparu, jusqu’à ce que Katrina Esau, affectueusement surnommée Ouma Katrina, soit identifiée comme sa dernière locutrice fluente.
Ouma Katrina est bien plus qu’une gardienne de la langue. Elle porte en elle l’histoire, les traditions et la vision du monde de son peuple, remontant à des milliers d’années. Sa voix représente non seulement des mots, mais aussi un archive vivant de l’identité et du patrimoine culturel.

 

Qui sont les Khomani San ?

Les Khomani San font partie de la communauté plus large des Khoisan et comptent parmi les premiers habitants de l’Afrique australe. Malgré cette présence historique profonde, leur reconnaissance dans l’Afrique du Sud moderne n’a pas toujours été acquise. Bien que l’Afrique du Sud ait récemment célébré la reconnaissance de la langue des signes sud-africaine comme douzième langue officielle, de nombreuses langues indigènes khoisan restent marginalisées. Cette exclusion reflète une longue histoire où les langues coloniales ont été prioritaires dans la gouvernance, l’éducation et la vie publique. En conséquence, des langues indigènes comme le Nluu ont été progressivement reléguées en marge.

 

L’importance de la langue

La langue est bien plus qu’un simple outil de communication. Elle est un archive de l’identité et un témoignage de la relation d’une communauté avec son territoire. À travers la langue, la dignité, le savoir et la culture sont préservés et transmis de génération en génération. Pour les Khomani San, la narration, les traditions de nommage et les pratiques spirituelles sont intimement liées au Nluu. De nombreuses expressions portent des significations qui ne peuvent être pleinement traduites dans des langues coloniales comme l’anglais ou l’afrikaans sans perdre leur profondeur et leur nuance culturelle. L’inclusion linguistique n’est pas seulement une question culturelle, mais aussi une question de développement. Lorsqu’une langue disparaît, l’humanité perd une manière unique de comprendre le monde. Protéger les langues menacées, c’est donc protéger la diversité intellectuelle et le patrimoine commun. Reprendre possession de sa langue, c’est finalement reprendre possession de son identité.

 

Le rôle de l’éducation dans la sauvegarde des langues en danger

Le déclin du Nluu ne s’est pas produit par hasard. Les systèmes éducatifs coloniaux ont privilégié les langues européennes comme langues d’enseignement, contribuant à l’effacement de nombreuses langues indigènes. Cependant, l’éducation peut également être une solution. L’enseignement des langues indigènes dans les écoles peut renforcer la confiance, l’identité et la compréhension chez les jeunes apprenants. Les recherches montrent systématiquement que les enfants apprennent plus efficacement lorsqu’ils sont enseignés dans leur langue maternelle, surtout dans l’enseignement précoce. Au-delà de l’école formelle, les initiatives communautaires sont tout aussi importantes. Des séances de contes, des festivals culturels et des forums linguistiques peuvent raviver l’intérêt et la fierté pour le patrimoine indigène. Les efforts de documentation, incluant enregistrements audio, vidéos, dictionnaires et supports écrits, sont essentiels pour permettre aux générations futures d’accéder à la langue et de l’apprendre, même si le nombre de locuteurs fluents est réduit.

 

Conclusion

La possible extinction du Nluu ne se limite pas à la perte de mots. Elle représente le risque d’effacer l’histoire, la mémoire et l’identité d’un peuple. Lorsqu’une langue meurt, une vision du monde disparaît avec elle. Sauver le Nluu nécessite plus que de la sensibilisation ; cela demande un soutien actif et soutenu pour la communauté Khomani San. La responsabilité ne peut reposer uniquement sur Ouma Katrina Esau. Elle incombe à tous les Sud-Africains.
Une véritable Nation Arc-en-ciel est celle qui protège et valorise chaque culture et chaque langue sur son territoire. Préserver le Nluu, c’est donc non seulement sauvegarder le passé, mais aussi construire un avenir plus inclusif.

Thandi Selepe

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