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Women going to the doctor for cervical cancer. Photo credit - AI Generated

Le cancer du col de l’utérus en Afrique : que savez-vous vraiment du deuxième plus grand tueur du continent ?

Introduction

Le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer le plus fréquent et l’une des principales causes de décès par cancer chez les femmes en Afrique. Pourtant, il demeure entouré de silence, de stigmatisation et de tragédies évitables. Alors que le cancer du sein bénéficie d’une plus grande attention du public, le cancer du col de l’utérus fait chaque année des dizaines de milliers de victimes sur le continent — des vies qui pourraient être sauvées grâce aux connaissances et aux outils déjà disponibles. Comprendre l’ampleur de cette crise, ses causes profondes et les solutions existantes constitue la première étape pour faire évoluer le récit, du fatalisme vers l’espoir et l’action.

 

L’ampleur alarmante de la crise

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le cancer du col de l’utérus est le quatrième cancer le plus fréquent dans le monde, mais le deuxième en Afrique (OMS, 2023). Le continent supporte une charge disproportionnée, représentant environ 21 % des cas mondiaux et 23 % des décès, alors qu’il ne compte que 16 % de la population féminine mondiale. Une étude de 2023 publiée dans The Lancet Global Health a livré une analyse saisissante : l’Afrique subsaharienne affiche les taux d’incidence et de mortalité standardisés selon l’âge les plus élevés au monde pour le cancer du col de l’utérus. Des pays comme l’Eswatini, le Malawi et la Zambie enregistrent des taux d’incidence supérieurs à 40 pour 100 000 femmes, soit plus de cinq fois la moyenne mondiale. Derrière ces chiffres se cachent des histoires individuelles de femmes, souvent dans la force de l’âge, confrontées à une maladie presque entièrement évitable.

 

Une cause évitable : le HPV et les occasions manquées

La quasi-totalité des cas de cancer du col de l’utérus est due à une infection persistante par des souches à haut risque du virus du papillome humain (HPV), une infection sexuellement transmissible courante. Cela rend cette maladie particulièrement évitable grâce à la vaccination, au dépistage et au traitement des lésions précancéreuses. Cependant, de nombreux obstacles empêchent ces interventions d’atteindre celles qui en ont le plus besoin :

Accès limité au vaccin : Bien que le vaccin contre le HPV soit disponible à l’échelle mondiale depuis plus de 15 ans, son intégration dans les programmes nationaux de vaccination en Afrique a été lente et inégale. Un rapport de 2022 de la Région africaine de l’OMS indiquait qu’à la fin de 2021, seuls environ 16 des 47 pays avaient introduit une vaccination nationale contre le HPV, laissant des millions d’adolescentes sans protection.

Le déficit de dépistage : Les taux de dépistage demeurent extrêmement faibles dans de nombreux pays africains, souvent inférieurs à 10 %. Le test de Pap (frottis cervico-utérin), bien qu’efficace, nécessite des infrastructures de laboratoire sophistiquées. Des alternatives comme l’inspection visuelle à l’acide acétique (IVA) et le test ADN du HPV sont plus adaptées aux contextes à faibles ressources, mais leur déploiement à grande échelle reste insuffisant. Une étude multi-pays publiée dans BMJ Global Health a souligné que la perte de suivi entre le dépistage et le traitement constitue une défaillance majeure des systèmes de santé, rendant les efforts de dépistage inefficaces.

Diagnostic à un stade avancé : En raison du manque de sensibilisation, de la stigmatisation et de l’accès limité aux soins de santé primaires, la plupart des femmes en Afrique sont diagnostiquées à des stades avancés (III ou IV), lorsque les options thérapeutiques sont limitées, coûteuses et moins efficaces.

 

La voie à suivre : une stratégie intégrée pour l’élimination

La feuille de route du changement est claire. En 2020, l’OMS a lancé la Stratégie mondiale pour accélérer l’élimination du cancer du col de l’utérus, fixant des objectifs ambitieux dits 90-70-90 à atteindre d’ici 2030 : 90 % des filles entièrement vaccinées avant l’âge de 15 ans ; 70 % des femmes dépistées à 35 ans puis à 45 ans ; et 90 % des femmes présentant des lésions précancéreuses traitées et celles atteintes d’un cancer invasif correctement prises en charge. Atteindre ces objectifs en Afrique nécessite une approche intégrée et multidimensionnelle :

Accélérer la vaccination : Les gouvernements et les partenaires tels que Gavi, l’Alliance du Vaccin, doivent s’engager à des déploiements nationaux rapides et équitables, ciblant les filles et, de plus en plus, les garçons afin d’atteindre l’immunité collective.


Étendre les innovations en matière de dépistage : Adopter et financer les tests HPV au point de service et les modèles « dépister et traiter en une seule visite » utilisant l’ablation thermique ou la cryothérapie afin d’améliorer considérablement les résultats.


Intégrer les services : Relier le dépistage du cancer du col de l’utérus aux services VIH/SIDA et de santé reproductive, car les femmes vivant avec le VIH présentent un risque six fois plus élevé et constituent un groupe à haut risque crucial.


Investir dans la sensibilisation et la réduction de la stigmatisation : Lancer des campagnes éducatives culturellement adaptées pour démystifier la maladie, autonomiser les femmes par le savoir et encourager un recours précoce aux soins de santé.

 

Conclusion

Du savoir à l’action. Le cancer du col de l’utérus est bien plus qu’une statistique sanitaire ; il constitue un indicateur profond des inégalités. Savoir qu’il s’agit du deuxième plus grand tueur par cancer en Afrique est un point de départ, non une conclusion. La véritable question est de savoir si cette connaissance se traduira par la volonté politique, le financement et la mobilisation communautaire nécessaires pour déployer les vaccins, les tests et les traitements qui existent déjà. L’objectif d’élimination est ambitieux mais scientifiquement réalisable. En comblant l’écart entre ce que nous savons et ce que nous faisons, l’Afrique peut transformer le cancer du col de l’utérus d’un tueur courant en une tragédie rare, sauvant ainsi la vie de centaines de milliers de femmes de cette génération et des suivantes.

Amantle Gabolekwe

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