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Combler le fossé : faire face aux maladies zoonotiques en Côte d’Ivoire

Introduction

Les maladies zoonotiques sont des maladies qui peuvent se transmettre entre les animaux et les humains. La plupart des maladies infectieuses humaines connues, ainsi que près de 75 % des infections émergentes, proviennent des animaux. Ces maladies ne menacent pas seulement la santé humaine, mais entraînent également d’importantes conséquences sociales et économiques. Avec environ 45 % de la population engagée dans l’agriculture, la Côte d’Ivoire est particulièrement vulnérable aux maladies zoonotiques en raison des interactions fréquentes entre les humains et les animaux. La progression du changement climatique a entraîné une augmentation des interactions entre les humains, les animaux domestiques et les animaux sauvages, créant un environnement plus propice au déclenchement d’épidémies. Malgré l’engagement fort de la Côte d’Ivoire en faveur de la conservation de la faune, les facteurs écologiques aggravent les défis posés par les maladies zoonotiques.

 

Impacts économiques des maladies zoonotiques

Outre leurs impacts évidents sur la santé humaine, les maladies zoonotiques ont également des répercussions économiques considérables. Les infections du bétail peuvent entraîner une mortalité animale à grande échelle, déstabilisant les ménages qui dépendent de ces animaux pour leurs revenus et leur sécurité alimentaire. Bien que la viande d’animaux sauvages ne soit pas la principale source de protéines pour la majorité de la population ivoirienne, elle demeure une source importante de revenus pour ceux qui participent à la chasse, à la commercialisation ou aux activités de restauration. Il existe donc une interdépendance claire entre la santé humaine, la santé animale et la stabilité sociale et économique globale.

 

Le programme « One Health »

La reconnaissance du lien entre la santé humaine et la santé animale remonte au XIXᵉ siècle ; cependant, la médecine humaine et la médecine vétérinaire ont continué à être pratiquées séparément jusqu’au XXᵉ siècle. Afin de combler cette division perçue, de nombreux pays à travers le monde ont commencé à développer de nouvelles initiatives collaboratives. « One Health » (Une seule santé) est une approche intégrée utilisée pour optimiser la santé humaine, animale et environnementale grâce à la reconnaissance de notre interdépendance. Le gouvernement de la Côte d’Ivoire développe actuellement une Plateforme Nationale One Health afin de prévenir, détecter et répondre aux maladies zoonotiques existantes et émergentes. Ce programme inclut des départements gouvernementaux chargés de la gestion de la santé publique, de la santé animale et de la santé environnementale. Au niveau continental, Africa CDC a lancé le Programme One Health en 2018, en intégrant l’expertise technique des divisions de la Surveillance et de l’Intelligence des maladies, de la Préparation et de la Réponse aux urgences, des Systèmes de laboratoire, des Instituts et de la Recherche en santé publique, ainsi que de la Prévention et du Contrôle des maladies. Lors d’un atelier organisé en 2017, cinq maladies zoonotiques ont été identifiées comme prioritaires pour la Côte d’Ivoire selon les directives des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis : les espèces de Mycobacterium (responsables de la tuberculose), les espèces de Brucella, le virus de la rage, les fièvres hémorragiques virales et les arbovirus (y compris le virus Ebola), et les virus respiratoires (dont la grippe aviaire hautement pathogène, le coronavirus du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS) et le coronavirus du Syndrome Respiratoire du Moyen-Orient (MERS)).

Cette liste a été déterminée en fonction de plusieurs critères : la gravité de la maladie (taux de mortalité), le potentiel épidémique chez les humains et les animaux, la possibilité de transmission entre les humains, les animaux et l’environnement, la capacité de prévention et de contrôle, ainsi que l’impact socio-économique et environnemental. L’approche One Health fournit ainsi un cadre permettant aux décideurs politiques d’établir des priorités, d’allouer des ressources et de mener des recherches interdisciplinaires et multinationales afin de renforcer les systèmes de santé mondiaux.

 

Lacunes de la recherche et orientations futures

Bien que la recherche sur la faune en Côte d’Ivoire ait nettement augmenté au cours des quinze dernières années, des études supplémentaires et un changement d’orientation restent essentiels pour améliorer la santé publique de la région. Une part importante des recherches actuelles se concentre sur la conservation des primates. Bien que ce travail soit important, il ne se concentre pas sur les espèces au cœur du marché de la viande sauvage, qui joue pourtant un rôle central dans la stabilité économique et sanitaire de la région. Les chercheurs travaillant sur les maladies liées aux rongeurs — parmi les espèces les plus consommées en Côte d’Ivoire — ont souligné la nécessité d’étudier davantage le potentiel de transmission des maladies provenant de ces animaux. Outre la répartition inégale des études selon les espèces, il existe également une asymétrie géographique : la région nord du pays est nettement moins représentée dans la recherche. Cette zone nécessite une attention particulière en raison des pratiques pastorales saisonnières et de la mobilité des troupeaux qui y sont fréquentes.

 

Conclusion

Les maladies zoonotiques représentent aujourd’hui l’un des plus grands défis de santé publique auxquels le monde est confronté. Ce n’est qu’à travers une collaboration interdisciplinaire que les nations pourront promouvoir la stabilité médicale, économique et sociale — non seulement en réagissant aux épidémies, mais aussi en prévenant les futures flambées de maladies.

Sienna Mathur

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