Introduction
Les zones humides représentent des écosystèmes essentiels qui assurent la purification de l’eau, la régulation des crues et le soutien à la biodiversité à travers l’Afrique. Pourtant, leur conservation est étroitement liée aux dynamiques de genre. Les femmes, qui gèrent 70 à 80 % des besoins en eau des ménages et collectent des ressources des zones humides telles que le poisson, les roseaux et les plantes médicinales, sont les principales gardiennes de ces écosystèmes. Leur exclusion de la prise de décision compromet la conservation, tandis qu’une approche inclusive du genre renforce à la fois la résilience écologique et l’équité sociale.
Situation actuelle en Afrique et au Cameroun
Les zones humides africaines, des sites Ramsar autour du lac Tchad au delta de l’Okavango, subissent une dégradation due au changement climatique, à la surexploitation et aux conflits. Les femmes jouent un rôle central dans les initiatives de conservation : elles représentent 75 % des bénéficiaires directs des projets de restauration du bassin du lac Tchad au Cameroun, au Tchad et au Niger, où 10 000 hectares sont restaurés tout en favorisant une agriculture résiliente. Au Cameroun, les femmes vivant autour des mangroves de Kribi et de la Réserve de biosphère du Dja négocient les droits d’accès au moabi et au njangsang avec les entreprises forestières, garantissant la sécurité foncière des communautés autochtones Baka. Des organisations telles que Cameroon Gender and Environment Watch (CAMGEW, 2007) et Hope Environment Cameroon (HEC, 2020) montrent comment les coopératives de femmes soutiennent les moyens de subsistance dans les mangroves tout en protégeant la biodiversité.
Causes des disparités de genre
Les lois coutumières patriarcales excluent systématiquement les femmes de la propriété foncière formelle et de la gouvernance des ressources. Au Cameroun, les femmes détiennent moins de 5 % des titres fonciers malgré des revendications coutumières sur 70 % des zones humides (MINFOF, 2022). Dans les zones humides camerounaises, les femmes dépendent d’un accès informel aux ressources, les rendant vulnérables aux captations par les élites. Les pratiques de récolte différenciées selon le genre, où les femmes ciblent souvent des plantes juvéniles, accélèrent la surexploitation. Le conflit dans le bassin du lac Tchad a déplacé 2,7 millions de personnes, les femmes représentant 25 % des plus vulnérables, confrontées à une rareté accrue des ressources. La variabilité climatique aggrave encore ces difficultés, les femmes devant s’adapter sans formation technique ni accès au financement.
Conséquences
La dégradation des zones humides affecte directement les moyens de subsistance des femmes : 75 % des participantes aux projets de restauration du lac Tchad dépendent des écosystèmes restaurés pour survivre. La perte de biodiversité menace la sécurité alimentaire, créant des cycles de pauvreté et de migration. Autour de la Réserve du Dja au Cameroun, l’exclusion des femmes de la cogestion perpétue le braconnage et la fragmentation des habitats, mettant en danger gorilles, éléphants et 360 espèces d’oiseaux. L’exclusion économique renforce la dépendance aux pratiques non durables, créant des boucles rétroactives de dégradation environnementale et d’inégalités de genre.
Solutions
Les stratégies transformatrices en matière de genre sont les plus efficaces. Parmi elles. Projet du lac Tchad (Alinea) : autonomisation des femmes via des dialogues « Famille modèle basée sur le genre », restaurant les écosystèmes tout en défiant les normes patriarcales. CAMGEW : formation des femmes aux chaînes de valeur durables des PPN (produits forestiers non ligneux) près des zones protégées, générant des revenus tout en conservant les mangroves. Cameroon Ecology (Cécile Ndjebet) : intégration du genre dans les cadres REDD+ et Ramsar, sécurisant les droits forestiers des femmes. Hope Environment Cameroon (HEC, 2020) : gestion participative via les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), financement de banques de semences dirigées par des femmes et création d’opportunités d’entrepreneuriat vert. TF-RD autour de Dja et Campo Ma’an : micro-subventions et comités de cogestion pour une répartition équitable des bénéfices.
Conclusion
L’équité de genre est la clé de voûte d’une conservation efficace des zones humides en Afrique. Les expériences camerounaises, du lac Tchad au Dja, démontrent que l’autonomisation des femmes en tant que gardiennes principales favorise à la fois la restauration écologique et la transformation sociale. Les décideurs doivent prioriser le financement sensible au genre, les réformes foncières et le renforcement des capacités dans le cadre des conventions Ramsar et des politiques nationales. L’échec à intégrer le genre risque de compromettre le potentiel des zones humides en tant que moteurs du développement durable. La conservation réussit lorsque les femmes prennent le leadership.
