Introduction
« Monna ga we wa sekama », un proverbe tswana signifiant « Un homme ne tombe pas, ne se penche pas », a longtemps été une pierre angulaire de la masculinité traditionnelle au Botswana. Il symbolise la force, la résilience et l’endurance émotionnelle, enseignant aux hommes à être des piliers inébranlables pour leurs familles et leurs communautés. Pourtant, si ce proverbe est né d’intentions nobles, il a aussi construit des prisons émotionnelles pour des générations d’hommes. Il décourage la vulnérabilité, réduit au silence la douleur et glorifie la suppression des émotions. Dans un monde où les défis liés à la santé mentale augmentent et où les rôles de genre évoluent, une question s’impose : ce proverbe continue-t-il d’élever les hommes, ou est-il devenu un obstacle à leur bien-être ?
De la force au silence
À l’origine, Monna ga we wa sekama visait à former des hommes responsables — ceux qui restaient debout face à l’adversité. Dans la société tswana traditionnelle, la valeur d’un homme se mesurait à sa capacité à subvenir aux besoins des siens, à protéger et à persévérer. Mais, au fil du temps, cette sagesse culturelle s’est transformée en un ordre de bâillon émotionnel. Dès l’enfance, les garçons apprennent qu’ils ne doivent ni pleurer, ni se plaindre, ni montrer de faiblesse, car « un vrai homme ne tombe pas ». Mais que se passe-t-il lorsque ces « vrais hommes » se brisent intérieurement ? La pression d’apparaître invincibles conduit beaucoup d’entre eux à refouler leurs émotions, souffrant en silence derrière des visages forts.
Le coût de la suppression émotionnelle
Cet état d’esprit profondément enraciné a nourri une culture du silence chez les hommes. Partout dans le monde et au Botswana nombreux sont ceux qui souffrent de dépression, d’anxiété et de détresse émotionnelle dans l’isolement. La peur d’être perçus comme « faibles » les empêche de demander de l’aide. Résultat : des pères, maris et fils émotionnellement absents, des hommes qui ressentent intensément, mais qui n’ont ni l’espace ni les mots pour l’exprimer. De plus en plus d’études et de défenseurs de la santé mentale établissent un lien entre ce silence et les taux élevés de suicide et d’épuisement émotionnel chez les hommes. Une force mal interprétée peut devenir autodestructrice.
Redéfinir la force pour une nouvelle génération
Pour retrouver l’esprit véritable de Monna ga we wa sekama, il faut redéfinir la force. La vraie masculinité ne réside pas dans l’insensibilité émotionnelle, mais dans l’équilibre émotionnel. Un homme fort n’est pas celui qui cache ses larmes, mais celui qui affronte sa douleur et se relève.
Peut-être que le proverbe mérite une évolution moderne :
« Monna ke motho o utlwang o a lela, mme o a ema gape. »
(Un homme est un être humain qui ressent il peut pleurer, mais il se relève.)
Cette version réinventée célèbre à la fois la résilience et la vulnérabilité. La société doit aussi jouer son rôle en créant des espaces sûrs où les hommes peuvent s’exprimer librement. Les lieux de travail, les écoles et les églises doivent normaliser les conversations sur la santé mentale.
Conclusion
Autrefois symbole de courage et d’endurance, Monna ga we wa sekama doit aujourd’hui évoluer vers un message d’équilibre et d’honnêteté émotionnelle. Les hommes ne sont pas des machines : ce sont des fils, des pères et des partenaires, capables de se briser et de guérir. Un homme qui s’appuie n’est pas faible il est humain. La force et la douceur peuvent coexister. L’avenir de la masculinité ne réside pas dans la répression de la douleur, mais dans sa transformation. Lorsque les hommes auront la liberté de se pencher, ils se tiendront plus droits que jamais.
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