Introduction
La perte et le gaspillage alimentaires constituent des menaces mondiales pressantes, compromettant la sécurité alimentaire, le bien-être économique et la santé environnementale. Chaque année, environ un tiers de toute la nourriture produite pour la consommation humaine, soit environ 1,3 milliard de tonnes métriques, est perdu ou gaspillé dans le monde. Cette inefficacité massive persiste alors que la faim augmente, avec près de 690 millions de personnes sous-alimentées en 2019 et environ trois milliards incapables de se procurer des régimes alimentaires nutritifs. Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième émetteur mondial de gaz à effet de serre, responsable de 8 à 10 % des émissions mondiales, principalement du méthane produit par la décomposition des aliments.
Modes de perte en Afrique et au Cameroun
Les pertes alimentaires varient selon les régions. Dans les pays riches, le gaspillage se produit surtout au niveau des consommateurs, en raison de surachats et du rejet d’aliments encore comestibles. À l’inverse, les pays africains comme le Cameroun subissent la majeure partie des pertes en amont de la chaîne d’approvisionnement, lors de la manipulation post-récolte, du stockage et du transport. L’Afrique perd environ 22 % de sa production alimentaire annuelle, entraînant près de 92 milliards de dollars de pertes économiques et aggravant l’insécurité alimentaire pour 320 millions de personnes en Afrique subsaharienne. Le Cameroun reflète clairement ces défis. Environ 30 à 40 % du maïs est perdu après récolte à cause de mauvais stocks, de ravageurs et de problèmes de transport. Les pertes de tomates et de légumes à feuilles atteignent 40 %, tandis que les produits transformés à base de manioc subissent jusqu’à 72 % de perte de valeur durant le stockage. Contrairement aux pays riches où le gaspillage des consommateurs domine, les pertes au Cameroun surviennent principalement « de la ferme au marché ».
Causes et conséquences
Plusieurs facteurs alimentent ce problème généralisé. Les déficits d’infrastructures constituent une cause majeure : des routes rurales peu ou mal pavées empêchent un accès rapide aux marchés, et un approvisionnement électrique instable empêche le développement d’une chaîne du froid pour les produits périssables. Les méthodes traditionnelles de stockage restent vulnérables aux ravageurs et à la moisissure. Ce manque d’infrastructures robustes, combiné à un déficit de connaissances des agriculteurs sur les techniques efficaces de manutention et de stockage, entraîne des taux élevés de détérioration. Les conséquences sont considérables. Sur le plan économique, la perte alimentaire peut réduire les revenus des agriculteurs jusqu’à 15 %, piégeant les populations rurales dans la pauvreté. Sur le plan environnemental, elle représente un gaspillage massif de terres, d’eau et d’énergie utilisées pour la production, et ses émissions aggravent le changement climatique. Sur le plan social, elle accentue la malnutrition et l’insécurité alimentaire, touchant de manière disproportionnée les groupes vulnérables.
Voies de solution
Combattre la perte alimentaire au Cameroun nécessite des solutions intégrées combinant technologie, éducation et réforme des politiques. La modernisation des infrastructures de stockage avec des technologies résistantes aux ravageurs, comme les silos et les sacs hermétiques, est essentielle. Parallèlement, des investissements dans les routes rurales et un approvisionnement électrique fiable sont nécessaires pour construire des chaînes du froid efficaces. Des programmes de formation éducatifs sont également cruciaux pour enseigner aux agriculteurs, en particulier aux femmes et aux petits exploitants, les meilleures pratiques de récolte et de stockage. Au niveau des politiques publiques, l’intégration de la réduction des pertes alimentaires dans les stratégies nationales de développement et le soutien aux industries de transformation agroalimentaire peuvent renforcer l’ensemble du système alimentaire.
Conclusion
La perte et le gaspillage alimentaires au Cameroun et en Afrique mettent en lumière le paradoxe de la rareté au milieu de l’abondance. Grâce à des investissements coordonnés dans les infrastructures, l’éducation et les politiques, les pertes peuvent être considérablement réduites, améliorant la sécurité alimentaire, les revenus et la durabilité environnementale. Le moment d’agir de manière décisive et urgente est arrivé, avec d’énormes bénéfices potentiels pour le peuple camerounais et pour la planète.
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