Introduction
Au cours des dernières décennies, la multiplication des problèmes environnementaux a conduit à l’émergence de nouvelles formes d’intervention sociale, parmi lesquelles l’activisme environnemental occupe une place importante. Mais qu’est-ce que l’activisme environnemental au juste ? Est-ce simplement le fait de planter des arbres ? De ramasser les déchets sur les plages ? De promouvoir le recyclage ? Cet article vise à explorer la signification de l’activisme environnemental et à le distinguer de ce que nous appelons ici le « jardinage public ».
Définir l’activisme environnemental
Selon Eleanor Brooks, l’activisme désigne des actions qui remettent en question les structures de pouvoir dans le but de transformer les réalités sociales, politiques, économiques ou environnementales pour le bien commun.
Dans cette optique, l’activisme environnemental peut être compris comme un ensemble d’actions visant à confronter les idéologies et structures de pouvoir à l’origine de la dégradation de l’environnement. L’activisme environnemental adopte donc une approche critique et transformatrice des enjeux écologiques, cherchant à : examiner les causes structurelles de la crise environnementale, dénoncer la mentalité qui alimente la dégradation environnementale, celle qui considère la nature uniquement comme une ressource à exploiter au service des besoins et des ambitions humaines, et proposer des changements systémiques, nécessitant une profonde réorganisation des relations entre les êtres humains et les autres éléments de la nature. Planter des arbres, nettoyer les plages ou recycler les déchets sont des activités écologiques, mais elles ne constituent pas, en elles-mêmes, de l’activisme environnemental. Pour mériter ce qualificatif, leurs acteurs doivent s’attaquer aux causes profondes de la déforestation et de la production de déchets : le capitalisme, le colonialisme et la marchandisation de la nature. Comme le souligne Eduardo Galeano, si ces activités écologiques demeurent neutres face aux structures de pouvoir et aux systèmes économiques responsables de la dégradation environnementale, elles ne sont rien de plus que du jardinage — plus précisément, du jardinage public.
Le jardinage public
Le jardinage public correspond à un ensemble d’activités écologiques (plantation d’arbres, nettoyage de plages, recyclage, etc.) qui contribuent à réduire la dégradation de l’environnement. Cependant, ces actions n’interrogent pas les causes structurelles de cette dégradation. Le jardinage public se caractérise par : l’ignorance des causes politiques, économiques et historiques de la crise environnementale, en plaçant la responsabilité sur les individus, selon la croyance que « si chacun fait sa part, la planète sera sauvée », la promotion de la plantation d’arbres et de mangroves pour lutter contre la crise climatique, tout en négligeant les racines idéologiques et systémiques du problème, et une focalisation sur la préservation des espaces touristiques (comme les plages), au détriment des environnements où les populations vivent, travaillent et expriment leur culture.
Conclusion
L’activisme environnemental est une lutte pour transformer les structures mentales, économiques, sociales et politiques responsables de la dégradation de la nature. En revanche, le jardinage public agit de manière superficielle et symbolique, sans remettre en cause les fondations du système qui alimente la crise écologique. Si l’activisme reconnaît la valeur des actions individuelles dans la préservation de l’environnement, il les considère insuffisantes pour prévenir l’effondrement écologique. Ainsi, cet article plaide pour une mobilisation écologique qui aille au-delà de la responsabilité individuelle (« si chacun fait sa part ») et invite à affronter les structures de pouvoir qui perpétuent la crise environnementale.
