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A nurse helping a patient with dementia. Photo credit - AI Generated

Comprendre la démence au Botswana : la crise cachée derrière la perte de mémoire

Introduction

La démence est l’un des troubles de santé mentale qui connaît la plus forte croissance, voire l’un des plus répandus, au Botswana. Pourtant, elle reste souvent non diagnostiquée en raison de l’absence de politiques nationales formelles et de lignes directrices spécifiques à la démence. Ce n’est pas une maladie unique, mais un ensemble de troubles, comme la maladie d’Alzheimer, qui affectent la mémoire et entraînent confusion, perte de mémoire et troubles de concentration.

 

Idées reçues culturelles et stigmatisation

La démence n’est pas de la sorcellerie. Ce n’est pas une punition spirituelle. C’est une maladie neurologique. Le Botswana commence à reconnaître ce trouble comme une véritable préoccupation de santé mentale, malgré la stigmatisation culturelle persistante qui, depuis longtemps, a réduit au silence ce sujet. Elle est souvent mal interprétée comme un processus normal du vieillissement ou simplement comme le fait de « vieillir ». Nous devons combattre ces mythes et changer le discours. Des cas extrêmes ont vu des changements de comportement injustement interprétés et condamnés, ce qui a poussé les personnes atteintes à vivre dans l’ombre, avec peur et incompréhension.

 

Les lacunes du système de santé mentale

Le système de santé botswanais n’a commencé que récemment à intégrer la démence comme une priorité en santé mentale. Des rapports indiquent que les cas liés à la démence sont parfois exclus des consultations externes en psychiatrie. Les données fiables et spécifiques sur ce trouble restent limitées. En 2019, les statistiques nationales de santé du Botswana ont recensé 7,2 % des patients externes atteints de « démence non spécifiée ». La reconnaissance de la démence comme un trouble mental croissant reste à un stade précoce, et les infrastructures de diagnostic sont limitées. Il n’existe pas de terme direct ou équivalent en Setswana pour « démence », et l’absence d’outils de dépistage linguistiquement inclusifs complique sa détection précoce. L’accès aux neurologues, psychologues et services de gériatrie formés est très restreint. Par conséquent, les agents de santé en soins primaires échouent souvent à détecter et diagnostiquer la démence, faute de formation adaptée. L’hôpital psychiatrique de Lobatse, principal établissement national de soins psychiatriques et psychologiques, ne propose pas nécessairement une prise en charge adaptée pour les patients atteints de démence ou de maladies apparentées comme Alzheimer.

 

Le fardeau pour les familles et les aidants

Dans la plupart des cas, la prise en charge repose sur la famille, qui n’a ni les connaissances ni les compétences nécessaires pour comprendre ou gérer la démence. Les aidants souffrent souvent en silence, confrontés à un stress émotionnel, à des difficultés financières et au jugement social.

 

Besoin de politiques et de structures de soutien

Les services de protection sociale, le soutien aux aidants et l’éducation communautaire doivent être renforcés. Une politique nationale de santé garantirait que la démence soit traitée comme un problème majeur de santé publique, et non comme une simple affaire privée ou familiale. Elle fournirait un cadre d’action clair avec des objectifs précis pour le dépistage précoce, le diagnostic, le traitement, la prise en charge et les campagnes de sensibilisation. De telles politiques et structures permettent de protéger les droits humains et la dignité, de soutenir les familles et les aidants, de bâtir une société inclusive et adaptée aux personnes âgées, de garantir un accès équitable aux services, de promouvoir la recherche et la collecte de données, et de guider l’allocation des ressources. Elles assurent que des fonds soient spécifiquement consacrés aux soins, à la sensibilisation et à la prévention de la démence, au lieu de se perdre dans le budget plus large de la santé mentale.

 

Rôle des leaders communautaires et des guérisseurs traditionnels

Créer un pont entre les approches culturelles et médicales peut instaurer une confiance capable de vaincre la stigmatisation profondément enracinée. Cela permet de corriger les mythes nuisibles liés à la démence sans pour autant rejeter les croyances culturelles auxquelles de nombreuses personnes restent attachées, et de réduire ainsi la peur et la discrimination. Beaucoup font encore confiance aux guérisseurs traditionnels, surtout dans les zones rurales. S’ils sont formés à la démence et impliqués dans les actions de sensibilisation, ils pourraient orienter les patients vers des soins adaptés, plutôt que de renforcer involontairement la stigmatisation. Ainsi, on pourrait réduire les pratiques néfastes tout en respectant la tradition.

 

Engagement des jeunes et plaidoyer intergénérationnel

Les jeunes jouent un rôle essentiel, car ils peuvent remettre en question les croyances nuisibles transmises de génération en génération. Leur accès à l’éducation, aux réseaux sociaux et leur ouverture d’esprit en font des acteurs idéaux pour changer le discours dépassé sur la démence. Une sensibilisation précoce peut influencer leurs choix de carrière et les orienter vers des rôles de plaidoyer. Engagés, ils pourraient devenir les chercheurs et décideurs politiques de demain, déterminés à transformer les soins en santé mentale au Botswana.

 

Conclusion

Ces dernières années, plusieurs organisations ont vu le jour pour promouvoir la compréhension et la sensibilisation à la démence. Une initiative lancée en 2021 visait à éduquer les communautés sur ce trouble et à encourager les gens à le voir pour ce qu’il est vraiment, plutôt que de craindre ce qu’ils ne comprennent pas. L’objectif : accroître la sensibilisation, réduire la stigmatisation et offrir un sens à la vie des personnes concernées.

 

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Phemelo B. Disang

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