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A man going through a mental illness. Photo credit - AI Generated

Le coût du silence : pourquoi nous devons parler de la santé mentale au Botswana

Introduction

Dans la société africaine, nous avons un remède pour presque tous les maux. Quand quelqu’un se plaint de maux de tête, un membre de la famille arrive rapidement avec des suggestions : boire de l’eau, prendre des analgésiques, se reposer. Nous savons comment soigner un mal de gorge. Comment couvrir quelqu’un qui grelotte ? Mais quand la maladie touche l’esprit, quand quelqu’un dit « je me sens sans espoir », la pièce devient silencieuse, on entend tomber une aiguille. Ou pire, on accuse cette personne de « chercher l’attention ». Nous n’aimons pas parler d’une douleur invisible. Nous cachons notre douleur sous le silence, la religion, et la honte. Nous élevons nos fils pour qu’ils soient forts, nos filles pour qu’elles endurent, et nous appelons cela la culture. Nous appelons cela la foi. Mais la souffrance n’est pas de la force. C’est une mort lente.

 

Qu’est-ce que la maladie mentale ?

La maladie mentale est définie comme un large éventail de conditions affectant les pensées, les émotions, le comportement et le fonctionnement psychologique global d’une personne. La maladie mentale n’est pas rare. Pourtant, dans de nombreuses sociétés, particulièrement au Botswana, elle est souvent mal comprise ou ignorée. Cette méprise généralisée persiste malgré l’augmentation alarmante au niveau mondial des troubles mentaux tels que la dépression et l’anxiété. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte que plus de 280 millions de personnes dans le monde vivent avec une dépression. Tragiquement, le suicide est la quatrième cause de mortalité chez les 15-29 ans. Ces chiffres dressent un tableau sombre, et ils continueront de croître, car les manifestations des maladies mentales sont souvent trompeuses. La dépression peut s’accompagner d’un sourire. L’anxiété peut réussir brillamment à l’école. Les idées suicidaires ne ressemblent pas toujours à une tristesse évidente ; parfois, elles se traduisent par une fatigue profonde que personne ne prend la peine de questionner.

 

Le coût du silence et de la stigmatisation

Le danger réside dans le silence. La stigmatisation retarde le diagnostic. Comme pour l’hypertension non traitée, la maladie mentale non prise en charge progresse. Et peut tuer. Quand nous choisissons le silence plutôt que la conversation, nous risquons des vies. Le Botswana n’échappe pas à ce schéma. Les statistiques nationales dressent un tableau préoccupant. La schizophrénie, les troubles schizotypiques et délirants sont les plus fréquents, avec 17 209 cas enregistrés en 2019, soit 55,1 % de toutes les consultations externes en santé mentale. Les troubles épisodiques et paroxystiques arrivent en deuxième position avec 8,3 %, et les troubles de l’humeur (affectifs) représentent 16,7 %. La répartition démographique est également instructive. Bien que les femmes représentent 49,2 % des consultations externes et les hommes 50,8 %, les femmes sont majoritaires dans le groupe des 45 ans et plus. Les enfants de moins de 14 ans ne représentent que 2,3 % de toutes les visites externes, tandis que la majorité des consultations provient des 25-44 ans, qui constituent 50 % des visites.

 

Beaucoup restent à faire

Les patients se présentent fréquemment avec des plaintes physiques : douleurs thoraciques, fatigue persistante, troubles digestifs, qui sont souvent en réalité les symptômes d’une anxiété sous-jacente ou d’une détresse émotionnelle profonde. Ces symptômes somatiques sont souvent mal diagnostiqués et rejetés sans dépistage ni soutien approprié en santé mentale. Un patient présentant un cœur qui s’emballe et un essoufflement peut être soumis à de nombreux examens cardiaques alors que la cause réelle se trouve dans son état mental. Il faut changer cela.

 

Vers des soins de santé holistiques

La prise en charge de la santé mentale ne doit pas être une pensée secondaire. Ce n’est pas un luxe. C’est une part essentielle des soins de santé globaux. Pour y parvenir, une approche multifacette est nécessaire. Premièrement, le nombre de dépistages en santé mentale à tous les niveaux de soins, en particulier au niveau des soins primaires, doit augmenter. Les médecins généralistes et infirmiers, qui sont le premier contact pour beaucoup, doivent être équipés de connaissances et de ressources pour identifier tôt les signes de détresse mentale. Deuxièmement, les services psychologiques doivent être facilement accessibles et intégrés dans les centres de santé communautaires, et non disponibles uniquement dans des établissements spécialisés. Cette décentralisation faciliterait la demande d’aide en réduisant les barrières financières et géographiques. Troisièmement, pour combattre la stigmatisation répandue, des campagnes de sensibilisation solides sont essentielles. Ces campagnes devraient viser à informer le public sur la nature des maladies mentales, leur possibilité de traitement, et l’importance de chercher de l’aide. Elles devraient aussi apprendre à la société à reconnaître les signes d’alerte en eux-mêmes et chez leurs proches, afin de favoriser le soutien et l’intervention professionnelle.

 

Conclusion

La maladie mentale n’est pas un concept occidental. Ce n’est pas une faiblesse. C’est une condition médicale, et tout comme le diabète, nous pouvons la gérer, la traiter, et y survivre si nous choisissons d’écouter, d’éduquer et d’agir. Il est temps de parler. Il est temps de sauver des vies.

 

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Amantle Gabolekwe

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