Introduction
L’Afrique est confrontée à une crise critique, mais souvent négligée : la dégradation des terres. Aujourd’hui, 65 % des terres du continent, abritant plus de 400 millions de personnes, sont touchées par la sécheresse, l’érosion des sols et des pratiques non durables. Les conséquences sont graves : baisse des rendements agricoles, perte de biodiversité et vulnérabilité accrue face au changement climatique. Le Cameroun, qui reflète cette tendance continentale, voit les moyens de subsistance ruraux et le développement national menacés par une détérioration généralisée des terres. Pourtant, la restauration des terres offre une solution puissante pour inverser ces tendances et bâtir un avenir plus durable.
L’ampleur, l’impact et l’importance de la restauration
L’Afrique subsaharienne représente 45 % des terres dégradées dans le monde, avec des pertes économiques dépassant les 70 milliards de dollars par an. Le changement climatique, les précipitations imprévisibles et l’augmentation des températures aggravent ces pressions, notamment dans les régions fragiles du nord et de l’ouest du Cameroun. Dans ces zones, de vastes terres arables sont dégradées, provoquant le déplacement des populations rurales et compromettant la sécurité alimentaire. La restauration des terres n’est pas qu’un remède environnemental : c’est un investissement stratégique dans la croissance économique et la stabilité sociale. Des sols revitalisés retiennent mieux l’eau, réduisent l’érosion et soutiennent la biodiversité. À l’échelle mondiale, chaque dollar investi dans la restauration génère plusieurs dollars de retour économique. Pour l’Afrique, cela signifie la création de millions d’emplois durables, notamment dans l’agriculture et la foresterie. Au Cameroun, où 70 % de la population vit de l’agriculture, restaurer les terres est essentiel pour les moyens de subsistance et la protection d’écosystèmes clés comme le Bassin du Congo.
Approches et leçons du continent
Partout en Afrique, gouvernements, communautés et partenaires portent le flambeau de la restauration. L’initiative de la Grande Muraille Verte, qui vise à restaurer 100 millions d’hectares dans le Sahel, est un symbole fort de cet engagement. Des pays comme l’Éthiopie, le Rwanda et le Sénégal mettent en œuvre des solutions fondées sur la nature, alliant réhabilitation écologique et leadership communautaire. Parmi les techniques éprouvées, on retrouve : les trous Zaï et les demi-lunes pour la collecte de l’eau, les cordons pierreux pour lutter contre l’érosion, la régénération naturelle assistée par les paysans (FMNR) pour favoriser la repousse d’arbres, et l’agroforesterie, qui combine arbres et cultures.
Ces approches sont économiques, adaptables et évolutives.
Au Cameroun, le gouvernement et les ONG pilotent des projets de reboisement et d’agroforesterie, avec des efforts communautaires qui ont permis de restaurer des milliers d’hectares. Les pratiques agroécologiques améliorent la santé des sols et les rendements agricoles. Des initiatives portées par des femmes, comme les pépinières d’arbres, montrent aussi l’importance de l’inclusion du genre. Cependant, des défis persistent : manque de financement, faiblesse des politiques, insécurité foncière autant de freins à l’investissement à long terme des agriculteurs.
Accélérer les progrès : politiques et innovation
Pour amplifier les efforts de restauration, le Cameroun doit combler le déficit de financement à travers des mécanismes innovants comme : le paiement pour services écosystémiques (PSE), et les partenariats public-privé. Renforcer la sécurité foncière est crucial, car des droits clairs encouragent les agriculteurs à investir. L’intégration des technologies numériques telles que les drones et les SIG (systèmes d’information géographique) peut améliorer le suivi et la planification. Enfin, une harmonisation des politiques et du financement via des stratégies nationales permettra de transformer les projets dispersés en un véritable mouvement national structuré.
Conclusion
La restauration des terres est à la fois une urgence absolue et une formidable opportunité pour l’Afrique et le Cameroun. En luttant contre la dégradation des sols, les pays peuvent : sécuriser leurs systèmes alimentaires, créer des emplois verts, et renforcer leur résilience face aux chocs climatiques. Atteindre cette vision exige : un leadership éclairé, des financements novateurs, une mobilisation communautaire, et une coopération internationale. Avec des actions stratégiques, la restauration des terres peut ouvrir la voie à un avenir prospère et écologique pour des millions d’Africains en particulier au Cameroun.
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