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An illustration about postgraduate studies. Photo credit - @SAGEA (South African Graduate Employers Association)

L’état du financement des études de troisième cycle en Afrique du Sud

Introduction

Le système d’enseignement supérieur sud-africain est confronté à d’importants défis de financement pour les études de troisième cycle, liés à une exclusion académique et financière qui affecte de manière disproportionnée les étudiants marginalisés. Le mouvement #FeesMustFall de 2015 avait mis en lumière ces problématiques en revendiquant une éducation accessible. Pourtant, près d’une décennie plus tard, un financement équitable demeure un objectif lointain, soulevant des questions d’accès et d’équité.

 

État du financement des études de troisième cycle

Le financement des études post universitaires est essentiel à la recherche, à l’innovation et à la mobilité sociale, mais il constitue une barrière majeure. Les études de troisième cycle sont coûteuses : frais de scolarité, logement et frais de vie dépassent souvent les moyens des ménages à faibles revenus. En 2016, Africa Check estimait les frais de première année entre 28 000 et 50 000 rands par an, un montant probablement plus élevé aujourd’hui avec l’inflation. Les programmes de recherche intensifs sont encore plus onéreux. Les sources de financement incluent le National Student Financial Aid Scheme (NSFAS), les bourses universitaires, les sponsors privés et les prêts. Le NSFAS cible principalement les étudiants de premier cycle, avec un soutien limité aux post gradués, comme pour les certificats post universitaires en éducation. La National Research Foundation (NRF) offre des bourses compétitives, mais la demande dépasse largement l’offre. Les bourses privées, par exemple celles de Nedbank ou Capitec, ciblent des filières à forte employabilité, souvent avec une condition d’embauche après obtention du diplôme.

 

Exclusion académique et financière

L’exclusion académique et financière, héritée du régime de l’apartheid, creuse les inégalités. L’exclusion académique, liée à la mauvaise réussite, affecte le taux de rétention : seuls 52 % des étudiants terminent un diplôme de trois ans en six ans (Council on Higher Education, 2019). Les institutions historiquement défavorisées (HDI) connaissent des taux d’abandon plus élevés que les institutions historiquement blanches (HWI), en raison du sous-financement et du manque de soutien. Les étudiants issus de milieux défavorisés font face à une préparation scolaire insuffisante, à des barrières linguistiques et à un manque de mentorat. La pandémie de COVID-19 a aggravé ces difficultés, avec un apprentissage en ligne qui a accru les échecs. Les troubles de santé mentale, avec 24,7 % des étudiants diagnostiqués dépressifs (étude de 2019), accentuent l’exclusion académique, surtout chez les étudiants de première génération. L’exclusion financière frappe particulièrement la « classe moyenne manquante » les étudiants qui ne remplissent pas les critères du NSFAS mais ne peuvent pas payer leurs frais. En 2023, des manifestations à l’Université du Cap (UCT) et à l’Université du Western Cape (UWC) ont mis en lumière des étudiants empêchés de s’inscrire faute de paiement. Les frais de scolarité (augmentation de 4,7 % en 2021) et les coûts du logement (6,7 %) dépassent l’inflation, tandis que le NSFAS connaît des retards de versement et des coupes budgétaires potentielles. À l’Université de Johannesburg (UJ), 59 % des étudiants viennent de milieux défavorisés, mais le financement des études post universitaires, notamment en sciences humaines, est rare. La précarité financière, comme l’insécurité alimentaire (65 % des étudiants à l’Université du Free State), nuit à la réussite académique, perpétuant un cercle vicieux d’exclusion. Le Département de l’enseignement supérieur et de la formation a lancé en 2023 un nouveau système de prêts ainsi que le programme Ikusasa Student Financial Aid Programme (ISFAP), qui affiche un taux de progression de 88 %. Cependant, les problèmes opérationnels du NSFAS et la baisse du financement public (40 % des coûts de l’enseignement supérieur en 2012) freinent les progrès.

 

Conclusion

Une question pour l’avenir. Des avancées ont été réalisées, mais le financement des études post universitaires et l’exclusion restent des défis majeurs. Le gouvernement sud-africain, les universités et le secteur privé sauront-ils s’unir pour créer un modèle de financement durable et inclusif garantissant la réussite de tous les étudiants ? Ou bien les inégalités systémiques continueront-elles de freiner le potentiel du pays, en laissant de côté les futurs chercheurs ? Les réponses résident dans notre engagement collectif pour le changement saurons-nous relever ce défi ?

Zanele Blose

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