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A funeral happening in West Cameroon. Photo credit - AI Generated

Funérailles dans l’Ouest du Cameroun : des opportunités manquées pour le développement

Introduction

Dans les hauts plateaux de l’Ouest du Cameroun, territoires des Bamiléké et des Bamoun, la mort ne marque pas seulement la fin d’une vie, mais le début de dépenses colossales. Les funérailles y constituent des événements socio-économiques pharaoniques où l’ostentation rivalise avec l’émotion. Pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, les familles mobilisent d’importantes ressources pour honorer leurs défunts, transformant le deuil en spectacle financier. Pourtant, derrière ces cérémonies fastueuses se cache une réalité paradoxale : des millions de francs CFA disparaissent dans la tombe sociale du prestige, tandis que les vivants manquent d’infrastructures, d’éducation et de capital pour entreprendre.

 

Le coût astronomique des adieux

Les chiffres révèlent une hémorragie financière alarmante. Une cérémonie funéraire moyenne dans la région coûte entre cinq et vingt millions de francs CFA, voire davantage pour les notables. Ces dépenses incluent l’achat de biens de consommation tels que boissons et aliments, la location de matériel sonore, les frais de communication, et surtout l’achat de tenues traditionnelles coûteuses pour la famille élargie. Certaines familles s’endettent sur plusieurs générations pour organiser de belles funérailles, considérées comme garantes de la dignité du défunt et du statut social des descendants. Cette économie de la mort draine une liquidité importante qui échappe durablement au circuit productif local.

 

Des investissements sacrifiés

Ces sommes englouties dans les cérémonies représentent des opportunités de développement concrètes. Avec la moitié du budget d’obsèques moyennes, un jeune diplômé pourrait créer une entreprise viable, une famille pourrait financer les études universitaires de ses enfants, ou une communauté pourrait construire un point d’eau ou acheter une ambulance pour un centre de santé local. L’argent dépensé dans les veillées funèbres pourrait soutenir des coopératives agricoles, des systèmes de microcrédit ou des infrastructures routières. Le choix entre enterrer les morts dans l’ostentation ou soutenir les vivants semble pencher systématiquement vers la première option, freinant le développement économique de la région.

 

La pression sociale comme frein

Cette dérive économique ne relève pas uniquement de choix individuels, mais d’un système de forte pression sociale. Celui qui organise des funérailles modestes s’expose à la stigmatisation, à l’exclusion communautaire et aux accusations de manque de respect envers le défunt. Les autorités traditionnelles contribuent souvent à maintenir cette culture de l’apparence, où la valeur du deuil se mesure à son coût. Rompre avec ce cycle nécessite une transformation culturelle progressive, soutenue par les élites locales et les institutions religieuses, afin de promouvoir la sobriété et de réorienter les ressources vers des fonds de développement communautaire.

 

Conclusion

Les funérailles fastueuses de l’Ouest du Cameroun illustrent une réorientation problématique du capital productif vers une consommation ostentatoire. Tant que la société continuera de privilégier la grandeur des adieux au détriment des conditions de vie des survivants, le développement durable restera hors de portée. Il devient urgent de repenser le rapport à la mort, afin que l’honneur rendu aux ancêtres se traduise aussi par un avenir meilleur pour leurs descendants. La véritable dignité ne réside pas dans la dépense excessive, mais dans la prospérité transmise aux générations futures.

Waffo Benedicte Megne

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