Introduction
Au début, cela peut ressembler à une histoire d’amour. Puis viennent les reproches, les interdictions, les soupçons, le contrôle des fréquentations, des vêtements, du téléphone ou des déplacements. Peu à peu, ce qui était présenté comme de l’affection peut devenir une forme d’emprise. Et lorsque ces signaux sont banalisés ou ignorés, la violence peut atteindre son point le plus tragique : la mort. Le Cameroun est aujourd’hui confronté à une situation particulièrement préoccupante. Selon les chiffres présentés par le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille (MINPROFF) à l’Assemblée nationale, 50 cas de féminicide ont été officiellement enregistrés entre janvier et avril 2026, après 56 cas en 2023, 67 en 2024 et environ 77 en 2025.
La violence n’est pas une preuve d’amour
Pourquoi en arrive-t-on là ? L’alcool, les disputes, la jalousie ou une enfance marquée par la violence peuvent être évoqués comme des facteurs associés à certains passages à l’acte. Mais ils ne constituent pas des excuses. Dire qu’une femme aurait « provoqué » son conjoint ne saurait justifier une agression. Une dispute ne donne à personne le droit de frapper, menacer ou tuer. La responsabilité de la violence appartient à celui qui choisit de l’exercer. Le contrôle constitue d’ailleurs un signal particulièrement préoccupant. Lorsqu’un partenaire cherche à décider de l’apparence de sa conjointe, de ses fréquentations, de ses déplacements ou de ses relations, il ne s’agit plus simplement de jalousie. Cela peut participer à une dynamique de domination et d’emprise.
Avant le pire, il y a parfois des signes
Les violences peuvent prendre différentes formes : insultes, humiliations, menaces, harcèlement, isolement, contrôle… Toutes ne laissent pas immédiatement des traces visibles. C’est pourquoi attendre les coups pour prendre la violence au sérieux peut être une grave erreur. Une parole humiliante répétée, une menace, une surveillance permanente ou une interdiction systématique peuvent déjà constituer des signaux d’alerte. Le véritable enjeu est donc d’apprendre à reconnaître ces signes avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
La responsabilité est collective
Derrière une femme tuée par son conjoint, il n’y a pas seulement une victime et un auteur. Il y a toute une société qui doit également s’interroger sur sa part des responsabilités. Les autorités camerounaises reconnaissent elles-mêmes l’ampleur du problème et ont annoncé différentes mesures de prévention et de protection. Le MINPROFF indique l’existence de structures d’accueil sécurisées et de dispositifs spécialisés au sein des services de sécurité. Mais, les dispositifs ne suffisent que s’ils sont connus, accessibles et réellement opérationnels. Human Rights Watch a dénoncé en juin 2026 les insuffisances de la protection et de l’accès à la justice pour les femmes victimes de violences au Cameroun.
Conclusion
Le féminicide n’est pas une preuve d’amour qui aurait mal tourné. Ce n’est pas une simple dispute conjugale. C’est une violence qui peut être précédée de signes que nous devons apprendre à reconnaître. Combien de signaux devons-nous encore ignorer avant qu’une autre vie ne soit brisée ? La lutte contre le féminicide commence donc bien avant le meurtre : dans la prévention, dans l’écoute, dans la protection et dans le refus collectif de banaliser la violence.

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