Introduction
À quelques semaines de la rentrée de septembre, des milliers d’enfants malgaches ne savent pas encore s’ils retrouveront un jour un pupitre, une classe, un instituteur. Cyclones à répétition, sécheresse chronique, insécurité grandissante. À Madagascar, l’école n’est plus seulement un lieu d’apprentissage, c’est un front. Un front sur lequel le climat, la faim et la violence livrent une guerre silencieuse à l’avenir des enfants.
Les cyclones, ennemis récurrents de la salle de classe
Chaque saison cyclonique rejoue le même scénario. En février 2026, les cyclones Fytia puis Gezani ont frappé la côte à seulement deux semaines d’intervalle, laissant plus de 16 000 déplacés et privant près de 29 000 enfants d’accès à l’école dans la seule région Atsinanana. Toits arrachés, salles inondées, manuels détruits : dès qu’une alerte est déclenchée, les autorités n’ont d’autre choix que de fermer préventivement les établissements. En 2024 déjà, plus de 59 000 élèves avaient vu leur scolarité interrompue par des tempêtes tropicales. Conscient de cette fatalité récurrente, le ministère de l’Éducation Nationale a d’ailleurs intégré, pour la première fois, les risques cycloniques dans la conception même du calendrier scolaire.
La sécheresse du Grand Sud, une classe qui se vide en silence
Dans le Grand Sud, le danger n’est pas soudain, il s’installe. Le « kere », cette famine liée à la sécheresse qui frappe les régions Androy, Anosy et Atsimo-Andrefana, pousse des familles entières à retirer leurs enfants de l’école pour aller chercher de l’eau, migrer ou travailler. Sans cantine scolaire, plus de repas garantis ; sans repas, plus de raison d’envoyer un enfant affaibli en classe. Des dizaines de milliers d’enfants du Sud restent ainsi chaque année en marge du système éducatif, victimes d’une crise que l’aide d’urgence ne fait qu’atténuer sans jamais la résoudre durablement.
Insécurité, déplacements et conflits : l’école prise en étau
Aux catastrophes naturelles, s’ajoute une autre menace, plus discrète mais tout aussi destructrice : l’insécurité. Les déplacements de populations provoqués par la sécheresse ou les inondations exposent les enfants, en particulier les filles à des risques accrus de décrochage, de mariage précoce, de travail forcé, voire d’enlèvement lors de leurs trajets vers des zones plus sûres. Dans certaines localités reculées, l’absence de protection sociale et l’affaiblissement des structures communautaires fragilisent un peu plus le lien entre l’enfant et son école, transformant chaque rentrée en pari incertain.
Conclusion
Cyclones, sécheresse, faim, insécurité : ces menaces ne frappent plus isolément, elles se cumulent et s’aggravent d’année en année. Face à cela, Madagascar amorce une réponse : calendriers scolaires adaptés, écoles résilientes construites avec l’appui de l’UNICEF, kits d’urgence distribués après chaque catastrophe. Mais ces mesures resteront insuffisantes tant que l’école ne sera pas pensée, dès sa conception, comme un bouclier face au dérèglement climatique. À l’aube de cette nouvelle rentrée, une question demeure : Madagascar parviendra-t-elle à faire de son école un refuge plutôt qu’une nouvelle victime du changement climatique ?
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