Introduction
Les IDE ne créent pas seulement des usines et des emplois industriels. Ils peuvent aussi améliorer l’accès aux soins, financer des infrastructures sanitaires, développer la production locale de médicaments et favoriser le transfert de technologies. Encore faut-il que les politiques publiques orientent ces capitaux vers ces priorités.
Qu’est-ce qu’un investissement direct étranger ?
Un IDE correspond à l’implantation durable d’une entreprise étrangère dans un pays. Elle y construit une usine, ouvre une clinique privée ou prend une participation majoritaire. Contrairement aux investissements de portefeuille, plus volatils, il s’inscrit dans une logique de long terme. Dans la santé, les IDE peuvent financer des laboratoires, des usines pharmaceutiques, des fabricants de dispositifs médicaux ou des solutions de télémédecine.
Le Cameroun, une destination attractive mais concurrencée
Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le Cameroun a attiré 929 millions de dollars d’IDE en 2024, soit une hausse de 10,8 % par rapport à 2023. Le pays se classe toutefois au quatrième rang d’Afrique centrale en flux d’IDE, derrière la RDC, le Gabon et le Tchad. Dans le secteur de la santé, un complexe pharmaceutique sino-camerounais de 948 millions de dollars est en construction à Yaoundé. Ce projet pourrait réduire une dépendance estimée à près de 95 % des médicaments importés et renforcer la souveraineté sanitaire nationale.
Emplois promis, emplois réellement créés
L’Agence de promotion des investissements (API) a agréé 453 projets privés entre 2014 et 2024. Sur les 180 000 emplois annoncés, environ 40 000 ont été effectivement créés, soit un taux de réalisation de 22 %. Ces données concernent l’ensemble des secteurs, les statistiques propres à la santé restant limitées. Le complexe pharmaceutique de Yaoundé prévoit néanmoins plus de 4 000 emplois directs et indirects d’ici 2035, ainsi que des partenariats avec les universités pour développer les compétences locales.
Des bénéfices à consolider
Les IDE peuvent accélérer la modernisation du système de santé, mais plusieurs défis subsistent. Une partie des bénéfices est rapatriée vers les pays d’origine, tandis que les investissements se concentrent souvent dans les grands centres urbains. La dépendance aux fournisseurs étrangers pour les médicaments, les équipements et certaines technologies demeure importante. Sans politique favorisant le transfert de compétences et l’essor des entreprises locales, les retombées peuvent rester limitées.
Le rôle stratégique des institutions publiques
Le Ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire (MINEPAT) pilote la stratégie nationale d’attractivité, tandis que l’API accompagne les investisseurs grâce à un guichet unique digital. L’État peut renforcer l’impact des IDE en encourageant la production pharmaceutique locale, la recherche clinique et les investissements dans les régions moins desservies. Le projet pharmaceutique de Yaoundé illustre cette volonté d’articuler développement industriel et couverture santé universelle.
Conclusion
Les IDE peuvent devenir un levier majeur de développement économique et sanitaire au Cameroun, à condition d’être intégrés dans une politique publique favorisant la production locale, le transfert de technologies, la formation des professionnels et un accès plus équitable aux soins. Sans ce cadre, leurs bénéfices risquent de profiter principalement aux investisseurs étrangers et aux territoires déjà les mieux dotés.

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