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Women who are a bit confused about the digital device in the digital age. Photo credit - AI Generated

Pourquoi les femmes en Afrique restent impuissantes à l’ère numérique

Introduction

Partout en Afrique, la révolution numérique promettait d’être le grand égalisateur : un espace sans frontières où le mérite l’emporterait sur le genre et où les opportunités ne connaîtraient aucune barrière. Pourtant, pour des millions de femmes sur le continent, l’écran reste un mur de plus plutôt qu’une fenêtre. Pour comprendre pourquoi les femmes sont maltraitées, réduites au silence et mises à l’écart lorsqu’elles pénètrent dans les espaces publics numériques, nous devons d’abord comprendre comment se construit l’impuissance.

 

Construction : comment le genre est façonné dès la naissance

Un bébé ne vient pas au monde en sachant s’il est un garçon ou une fille au sens social du terme. Cette connaissance est principalement construite par les mères, puis renforcée par toutes les institutions qui suivent. La religion, qu’il s’agisse de la mosquée ou de l’église, dicte ce que les hommes et les femmes sont autorisés à être : discours sur la soumission, la femme de Proverbes 31, les hommes sont les chefs et les femmes les subordonnées, etc. Ces hiérarchies héritées deviennent le système d’exploitation installé dès l’enfance. Vient ensuite l’école : les filles pénètrent dans des domaines de l’ingénierie et de la technologie où on ne s’attend pas à les voir, et on leur rappelle constamment qu’elles n’ont pas leur place là. Lorsqu’une femme atteint l’âge adulte et entre sur le marché du travail, on lui a déjà répété mille fois quels espaces ne lui sont pas destinés. On dit aux femmes PDG qu’elles « se comportent comme des hommes ».

 

Espaces publics et privés : la géographie de l’exclusion

En Afrique, l’espace public est un espace réservé aux hommes. La place des femmes a toujours été définie comme étant celle du foyer, du privé, de l’invisible. Cette géographie de l’exclusion s’est transposée sans heurts sur Internet. Les plateformes en ligne ne sont que le prolongement des espaces publics physiques, et les mêmes règles sociales s’y appliquent. Lorsque les femmes se connectent en tant que journalistes, femmes politiques ou entrepreneuses, elles pénètrent dans une place publique qui a été conçue sans tenir compte d’elles. Le harcèlement auquel elles sont confrontées leur est familier. On interroge rarement une femme candidate à une élection sur son programme, mais plutôt pour savoir si elle est mariée et d’où provient l’argent de sa campagne. Une femme qui exprime une opinion devient la cible des gardiens des normes sociales. Le monde numérique a hérité de toutes les règles tacites du monde physique. Au Kenya, par exemple, lors des élections de 2022, 56 % des femmes en lice pour des mandats politiques ont été victimes de harcèlement en ligne. Les opportunités que l’Internet était censé ouvrir se referment à nouveau.

 

Autonomie et pouvoir : accès contre propriété

Internet a offert à de nombreuses femmes une nouvelle forme d’autonomie, leur permettant de créer des entreprises, de développer des plateformes et d’accéder à des opportunités sans avoir à demander la permission. Pourtant, cette liberté coexiste avec de profondes inégalités structurelles. Historiquement, les femmes pouvaient utiliser la terre sans en être propriétaires ; aujourd’hui, les espaces numériques risquent de reproduire ce schéma en offrant un accès sans véritable pouvoir. La violence de genre en ligne (OGBV) a amplifié le harcèlement, permettant aux abus de se propager rapidement et de réduire les femmes au silence. Les mêmes structures sociales qui ont longtemps façonné les espaces publics continuent d’influencer les espaces numériques, limitant la participation des femmes à l’entrepreneuriat, au plaidoyer, à la création de contenu, ainsi qu’à l’accès aux ressources et aux opportunités.

 

Conclusion

Le pouvoir limité des femmes dans le paysage numérique africain n’est pas dû à un manque de talent, de courage ou d’idées. Il est façonné par des normes sociales et des institutions qui s’étendent désormais aux espaces numériques. Y remédier nécessite plus qu’un simple accès à Internet ; cela exige de lever les obstacles à l’autonomie, à la participation et à la voix des femmes dans une économie numérique en pleine mutation.

Grace Anyango Ouma

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