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Blood donations helping patients. Photo credit - AI Generated

Qui a réellement besoin de sang ? Les patients invisibles derrière chaque pénurie en Afrique

Introduction

Trois lits. Trois urgences. Une seule ressource manque. Dans une maternité de Yaoundé, une femme fait une hémorragie après son accouchement. Dans un service de pédiatrie à Douala, un enfant de trois ans est inconscient. Un adolescent atteint de drépanocytose attend depuis des heures une transfusion. Ces patients ne font jamais la une de l’actualité. Pourtant, ils incarnent la réalité quotidienne de la crise transfusionnelle en Afrique subsaharienne. Une pénurie de sang ne se traduit pas par des étagères vides. Elle se mesure en vies qui s’éteignent dans le silence.

 

Les patients les plus exposés

Les hémorragies du post partum figurent parmi les principales causes de mortalité maternelle en Afrique. Pour ces femmes, la transfusion constitue souvent la seule intervention capable de leur sauver la vie au cours des trente premières minutes, décisives après l’accouchement. Chez les enfants de moins de cinq ans, l’anémie sévère liée au paludisme entraîne des besoins soudains et massifs en produits sanguins. Ces pics de demande surviennent pendant la saison des pluies, au moment même où les réserves sont les plus fragiles. Les personnes vivant avec la drépanocytose représentent un troisième groupe souvent oublié. Cette maladie génétique peut provoquer des complications aiguës graves, notamment un accident vasculaire cérébral, un syndrome thoracique aigu ou une crise aplasique, qui nécessitent fréquemment une transfusion immédiate. Chaque heure de retard réduit les chances de survie. Les communautés qui développent une culture du don volontaire et régulier protègent plus efficacement ces patients.

 

Ce que révèlent les données du Cameroun

Le Cameroun a besoin d’environ 400 000 poches de sang par an. En 2024, le Centre national de transfusion sanguine a collecté 165 708 poches, soit un peu plus de 40 pour cent des besoins estimés. Il manque donc plus de 234 000 poches, un déficit qui prive de nombreux patients d’une prise en charge garantie. L’Organisation mondiale de la Santé considère le don volontaire, anonyme et régulier comme le fondement le plus sûr de tout système national d’approvisionnement en sang. Le Plan stratégique national de transfusion sanguine 2025 à 2030 du Cameroun fait de cet objectif une priorité, en renforçant la gouvernance, la sécurité des produits sanguins, l’hémovigilance et la décentralisation progressive du système transfusionnel.

 

Pourquoi cette situation est-elle préoccupante ?

Au Cameroun, plus de 90 pour cent des donneurs sont des donneurs familiaux de remplacement. Ils donnent leur sang lorsqu’un proche est confronté à une urgence, puis ne reviennent généralement plus, même lorsqu’ils sont sollicités. Les dons volontaires représentent à peine 2 pour cent des collectes. Un tel système repose sur l’urgence plutôt que sur l’anticipation. Un proche appelé en pleine nuit dans un couloir d’hôpital ne peut remplacer une véritable politique de santé publique. Or, chaque délai supplémentaire est lourd de conséquences. En cas d’hémorragie, trente minutes de retard peuvent considérablement augmenter le risque de décès. La peur des aiguilles, les croyances liées à une utilisation rituelle du sang, certaines convictions religieuses ou culturelles, ainsi que l’idée que le don de sang serait une activité commerciale, freinent encore de nombreuses personnes. Les patients isolés, les personnes âgées, les migrants ou ceux qui ne disposent pas d’un entourage familial important présentent ainsi un risque plus élevé de mourir faute de sang, indépendamment de la qualité des soins. Cette inégalité est à la fois médicale et sociale.

 

Comment se déroule un don de sang ?

Le Centre national de transfusion sanguine applique un protocole en quatre étapes. Tout d’abord, le donneur reçoit une information claire sur les conditions et les implications du don avant de prendre sa décision. Ensuite, il répond à un questionnaire médical confidentiel avec un professionnel de santé qualifié. La troisième étape consiste en une évaluation clinique comprenant notamment la mesure de la tension artérielle et du taux d’hémoglobine. Le seuil minimal est fixé à 12 g par décilitre chez les femmes et à 13 g par décilitre chez les hommes. Le prélèvement dure généralement entre huit et douze minutes et est suivi d’une période de repos accompagnée d’une collation.

 

Les critères d’éligibilité au Cameroun

Pour donner son sang, il faut avoir entre 18 et 65 ans, peser au moins 50 kilogrammes et être en bonne santé le jour du don. Certaines périodes d’exclusion diffèrent des pratiques européennes. En France, depuis le 1er septembre 2025, le délai après un tatouage ou un piercing est passé à deux mois grâce aux progrès des techniques de dépistage. Au Cameroun, il reste fixé à six mois. Cette différence s’explique par une prévalence plus élevée des infections transmissibles par le sang et par les capacités actuelles du système national de dépistage. D’autres contre-indications temporaires concernent la grossesse, les six mois suivant un accouchement, un traitement antibiotique jusqu’à quinze jours après sa fin ou toute infection active jusqu’à guérison complète. Le Centre national de transfusion sanguine dispose de centres régionaux dans les dix régions du pays, où il est possible de donner son sang sans rendez-vous.

 

Conclusion

La souveraineté sanitaire du Cameroun dépend aussi d’un geste simple, individuel et répété, celui de franchir régulièrement la porte d’un centre de transfusion. Un seul don de sang peut sauver jusqu’à trois vies. Donner son sang de manière volontaire et régulière est sans doute l’un des actes citoyens les plus concrets qu’une personne en bonne santé puisse accomplir pour son pays.

Zoa Amougou Jeanne Yvette

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