Introduction
Assise dans une salle avec des personnes de trois générations différentes lors du Africa Tech Policy Summit 2026, notre table a abordé une question simple sur la technologie. Avez-vous déjà été découragé ou empêché d’utiliser la technologie par un membre de votre famille, votre communauté ou par vos propres peurs, et que s’est-il passé ? Il est apparu que les obstacles à la technologie en Afrique ne sont pas toujours liés à la connexion ou au coût. Ils peuvent venir de la personne que vous aimez, de vos parents, de vos voisins ou de vous même.
La porte de la famille
La technologie est souvent perçue comme un défi pour les générations plus âgées, pourtant de nombreux témoignages ont révélé une réalité différente. Les familles ne rejettent pas la technologie par ignorance mais par inquiétude. Une mère a bloqué l’accès de sa fille à une plateforme après avoir constaté des risques en ligne. Des parents ont découragé leur fille de partager ses actions de plaidoyer sur internet. Une défenseuse des droits humains a vécu un conflit familial si intense autour d’une photo avec un collègue masculin que cela a contribué à la rupture de son mariage pendant sa grossesse. Elle ne publie plus en ligne. La famille reste à la fois une source de soutien et un gardien de l’accès au numérique, souvent motivée par l’amour, la protection et l’incertitude face à un monde numérique en évolution rapide.
Le regard prédateur de la communauté
Au-delà du foyer, la pression prend une autre forme. Une femme dont l’activité en ligne a gagné en visibilité a dû quitter son lieu de résidence en raison du malaise de sa communauté. Une militante qui s’exprime sur les violences basées sur le genre et le divorce a reçu des réactions négatives constantes. Des militants du climat ont été intimidés et arrêtés après avoir dénoncé un site de décharge. Des défenseurs des droits des personnes en situation de handicap ont été dissuadés de parler des difficultés rencontrées, car la communauté estimait que cela était embarrassant. Même la confiance a été ébranlée lorsqu’un responsable religieux s’est tourné vers des escroqueries en ligne. Les communautés qui devraient soutenir peuvent parfois devenir des obstacles à l’expression et au changement social.
Le dilemme du politique
Une histoire a particulièrement marqué les esprits. Une femme candidate en politique a été découragée de promouvoir son activité sur les réseaux sociaux car cela pouvait nuire à son image. Une autre évitait de publier des contenus personnels par peur qu’ils soient utilisés contre elle. Cela révèle une réalité préoccupante. Ceux qui ont besoin des plateformes numériques pour dialoguer avec les citoyens et construire la confiance sont souvent encouragés à cacher leur dimension humaine. Pour les femmes en politique, les espaces numériques restent fortement surveillés et limités par des attentes rigides.
Le gardien intérieur
Les peurs sont souvent silencieuses. La peur d’être harcelé. La peur d’être mal compris ou sorti de son contexte. La peur de rater des opportunités ou de s’exposer aux critiques. La peur du jugement lié à son apparence ou à ses choix en ligne. Certaines personnes ont subi des réactions négatives pour avoir participé à des tendances sur des plateformes vidéo, tandis que d’autres peinaient à concilier identité personnelle et identité professionnelle en ligne. Cette surveillance intériorisée conduit à l’autocensure avant même toute publication.
Conclusion
La discussion a tourné autour de la notion de permission. Qui peut utiliser la technologie librement et qui doit constamment négocier cette liberté. Alors que l’Afrique construit son avenir numérique, ces expériences doivent nourrir les politiques publiques. La prochaine frontière numérique ne concerne pas uniquement une meilleure connectivité, mais la création d’espaces en ligne où les femmes, les défenseurs et les groupes marginalisés peuvent participer sans peur d’être réduits au silence.

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