Introduction
Dans les sociétés africaines, la mémoire n’est ni abstraite ni lointaine : elle est incarnée, transmise, vécue. Elle se déploie dans la langue, la parole et les gestes quotidiens. La célèbre formule de Amadou Hampâté Bâ « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » ne relève pas de la simple métaphore. Elle dit la fragilité des savoirs lorsque ceux-ci ne sont pas suffisamment recueillis, conservés et transmis. Cette réalité s’impose avec force dans le champ universitaire africain, où la disparition de grandes figures intellectuelles laisse parfois derrière elle des œuvres dispersées, inachevées ou mal archivées.
La langue, mémoire vivante des peuples
Le Professeur Djarangar Djita, premier Professeur titulaire inscrit au CAMES et artisan majeur des sciences du langage au Tchad, n’a cessé de rappeler que la langue est bien plus qu’un instrument de communication. Elle est une mémoire collective en mouvement, le lieu où se déposent l’histoire, les valeurs et les représentations d’un peuple. Dans cette perspective, patrimonialiser les langues africaines revient à reconnaître leur pleine dignité scientifique et culturelle. Il ne s’agit pas seulement de conserver des textes, mais de comprendre et de transmettre les pratiques discursives qui donnent sens à l’expérience humaine.
Oralité et écriture : une continuité féconde
Loin d’opposer oralité et pensée rationnelle, Djita voyait dans la tradition orale une forme légitime et élaborée de production du savoir. L’écriture scientifique ne rompt pas avec cette tradition : elle la prolonge, la structure et l’inscrit dans la durée. Ainsi, le passage de l’oral à l’écrit constitue moins une rupture qu’une transformation des modes de transmission.
Le numérique, horizon de la transmission
À l’ère du numérique, la question de la mémoire se pose avec une acuité nouvelle. Le numérique offre des outils puissants pour archiver, diffuser et partager les savoirs africains. Encore faut-il que cette patrimonialisation reste attentive aux contextes culturels, afin que la technique serve la mémoire, et non l’inverse.
Conclusion
Préserver les mémoires africaines, c’est accomplir un devoir à la fois intellectuel et humaniste. Fidèle à l’héritage du Professeur Djita, cette démarche affirme que l’Afrique participe pleinement à la construction du savoir universel, et qu’aucune mémoire digne de ce nom ne mérite l’oubli.
