Introduction
Le rôle de la Chine dans le secteur agricole du Botswana a évolué de manière notable au cours des deux dernières décennies. À l’origine axée sur l’aide au développement et de petits projets de démonstration, sa présence s’est transformée en partenariats commerciaux plus profonds reliant les producteurs botswanais à de plus grands marchés. En juin 2025, la Chine a signé un accord d’un milliard de pula avec le secteur bovin botswanais, encourageant le pays à s’éloigner de l’Union européenne comme principal partenaire commercial et stabilisant l’économie agricole. Mais un investissement d’une telle ampleur est-il toujours positif pour le Botswana et sa population ?
De l’aide à l’investissement
Le principal changement concerne le passage d’un soutien à court terme à des investissements renforçant la transformation et le commerce. Les récents coentreprises dans le développement de parcs d’engraissement, les essais de cultures et les infrastructures d’élevage illustrent clairement cette évolution. Plutôt que de se concentrer uniquement sur la formation ou les dons d’équipements, les entreprises chinoises s’associent désormais à des institutions locales pour créer des projets favorisant la création de valeur à long terme. Le Botswana a également mis en place de nouvelles Zones Économiques Spéciales (ZES) destinées à attirer les investissements internationaux, en particulier en provenance de Chine. Pour le Botswana, cela représente de nouvelles opportunités, mais aussi de nouvelles responsabilités.
Avantages
Grâce à ces investissements massifs menés par la Chine dans son secteur agricole, le Botswana bénéficie d’un meilleur accès à la technologie, à des partenariats de recherche et à des marchés capables de soutenir la montée en gamme de la chaîne de valeur. Ces liens aident les producteurs à passer de la vente de matières premières à celle de produits transformés à plus forte valeur ajoutée. La collaboration avec les universités introduit également de nouvelles variétés de cultures et des méthodes agricoles adaptées aux conditions locales. Ce type d’investissement proposé par la Chine ne peut pas être entièrement refusé.
Inconvénients
Dans le même temps, un engagement commercial aussi vaste avec la Chine soulève des questions sur la durabilité, la pression environnementale et la part de valeur réellement conservée par les communautés locales. Le récent accord sur le bœuf visait particulièrement le bétail élevé en feedlot, et une grande partie de l’investissement visait à améliorer les infrastructures d’engraissement. Le bœuf issu de feedlot est de meilleure qualité, et une vache en parc d’engraissement produit plus de viande qu’une vache élevée en plein air – production pour laquelle le Botswana est reconnu – augmentant ainsi les profits des agriculteurs botswanais. Mais les pratiques de feedlot présentent des inconvénients importants en termes d’environnement et de bien-être animal, et ce type d’investissement étranger risque d’endommager la longue tradition du bœuf botswanais, notamment son élevage extensif en plein air.
Investissement – mais sans contrôle
Le Botswana conserve son indépendance financière vis-à-vis de la Chine, contrairement à de nombreux pays d’Afrique australe liés à l’Initiative la Ceinture et la Route. Bien que l’investissement chinois dans l’agriculture soit bien accueilli, des contrats transparents, des politiques claires et une forte participation locale sont essentiels pour garantir que les infrastructures et les investissements soutiennent réellement la croissance du Botswana en tant que puissance économique régionale.
Conclusion
L’implication de la Chine dans l’économie botswanaise dépasse désormais la simple fourniture d’aide, comme c’était le cas il y a vingt ans. La Chine joue aujourd’hui un rôle crucial dans la manière dont la chaîne de valeur du Botswana se développe, concurrence et s’intègre aux marchés mondiaux. Et bien que cela soit nécessaire pour l’économie du pays, il est essentiel de veiller à ce que les perspectives économiques du Botswana ne deviennent pas trop dépendantes de celles de la Chine.
Par Benjamin Waterer, Université d’Oxford et Becky Bontshitswe, Botswana
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