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A spinning Gusheshe in South Africa. Photo credit - AI Generated

VOITURES TOURNANTES EN AFRIQUE DU SUD : LA POÉSIE DE KASI SUR QUATRE ROUES

Introduction

Entrez dans une rue de township un samedi soir et vous l’entendrez avant de le voir : le rugissement d’une BMW 325i (la gusheshe) qui vrombit comme un lion trop longtemps enfermé. Les pneus crissent, la fumée s’élève, et la foule explose alors que la voiture tournoie en cercles parfaits. Voilà le spinning, un sport mécanique né dans les townships sud-africains. Pour les étrangers, cela peut sembler chaotique. Mais en kasi (argot des townships), le spinning, c’est rythme, mémoire et survie. Là où l’acier rencontre l’âme.

 

Des rituels funéraires au théâtre de township

Le spinning, pratique traditionnelle sud-africaine, trouve ses racines dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Des amis volaient des voitures pour les faire tourner en hommage à un gangster décédé, symbolisant leur chagrin et s’assurant que ce dernier ne serait pas oublié. Avec le temps, le spinning a évolué, passant d’un rituel funéraire à un divertissement communautaire, transformant la rébellion souterraine en théâtre de township. Aujourd’hui, le spinning est question de compétence, d’identité et de fierté, avec des pilotes qui sortent de leur voiture en plein tour, se suspendent aux fenêtres et dansent même à côté. La gusheshe, une BMW 325i, est la pièce maîtresse, célèbre pour sa propulsion arrière et son échappement profond. Les foules se rassemblent avec glacières et enceintes diffusant de l’amapiano et du hip-hop, et sortent leurs téléphones pour immortaliser chaque instant.

 

Des rues aux grandes ligues

Pendant des années, le gouvernement considérait le spinning comme des rodéos illégaux. Mais en 2014, Motorsport South Africa l’a officiellement reconnu comme sport mécanique. Cela a apporté une légitimité : licences, compétitions, sponsors… sans enlever l’âme kasi. Des politiciens comme Gayton McKenzie, lui-même ancien spinner, ont investi des millions pour développer le sport. Son argument ? Le spinning remplit les stades plus que les sports mécaniques « traditionnels ». Et il a raison : l’ambiance est inégalée. Le spinning n’est plus seulement un club de garçons. Stacey-Lee May, surnommée la « Reine de la Fumée », a brisé les barrières en devenant l’une des premières femmes à dominer la scène. Son ascension a montré que le sport mécanique kasi appartient à tous : jeunes, vieux, hommes, femmes. Aujourd’hui, avec les documentaires et vidéos YouTube virales, le spinning n’est plus un secret sud-africain. De Londres à Lagos, le public mondial découvre la poésie tracée par ces pneus.

 

Pourquoi le spinning compte

Le spinning n’est pas qu’un sport. C’est une mémoire vivante, portant les échos du chagrin de l’apartheid et les transformant en joie. C’est la communauté, c’est la résistance, c’est l’art kasi. Pour les Sud-Africains, c’est le rappel que la beauté peut naître dans les rues les plus dures. Pour les étrangers, c’est la preuve que la culture ne vit pas seulement dans les galeries, mais rugit sur le bitume des townships, enveloppée de fumée et de sons. Les voitures tournantes sont la poésie sud-africaine en mouvement. C’est dangereux, oui. C’est spectaculaire. Mais c’est aussi l’une des expressions les plus brutes de l’identité que vous verrez jamais.

 

Conclusion

La prochaine fois que vous verrez une gusheshe tourner, ne vous contentez pas de regarder la fumée. Écoutez-la : le rythme, le chagrin, la fierté. C’est le récit kasi à haute voix, désordonné, sans compromis. Comme la meilleure poésie, il vous laisse toujours sans souffle.

 

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Oratile Mokgatle

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