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La raison, une et multiple : réflexion sur l’universalité et la pluralité de la vérité

Introduction 

René Descartes affirmait dans le Discours de la méthode que « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Par cette formule, il posait le principe d’une égalité fondamentale entre les hommes : tous disposent de la raison. La raison devient ainsi non seulement ce qui distingue l’homme de l’animal, mais surtout ce qui fonde sa dignité. Dès lors, penser, c’est exister ; cogito ergo sum. L’existence du sujet s’enracine dans sa capacité à raisonner.

 

Difficulté dé l’universalité de la raison

L’histoire de la pensée montre que cette universalité de la raison, si belle en théorie, se heurte à une diversité des usages et des conclusions. Si tous les hommes ont la raison, pourquoi ne raisonnent-ils pas de la même manière ? Pourquoi, sur des faits identiques, sur des questions de justice ou de morale, les interprétations se multiplient et s’opposent ? D’où vient cette pluralité dans ce qui devrait être universel ? Kant apporte ici une précision essentielle. Dans la Critique de la raison pratique, il ne s’agit plus simplement de constater que les hommes possèdent la raison, mais de leur rappeler qu’ils doivent en faire un usage autonome. Être raisonnable, ce n’est pas seulement raisonner, c’est encore se donner à soi-même la loi morale universelle. La raison devient alors le fondement de l’éthique : elle est à la fois ce qui rend possible la liberté et ce qui fonde la loi morale. Par elle, l’homme n’a plus besoin de transcendance pour vivre dans l’immanence ; il devient lui-même législateur de sa conduite.

 

L’impartialité humaine 

Mais cette autonomie, qui est le plus grand mérite de la raison, est aussi sa limite. Car si chacun use librement de sa raison, alors chacun la fait parler selon son expérience, son intérêt ou son horizon culturel. C’est ici que se joue le paradoxe : la raison est universelle dans son essence, mais singulière dans son exercice. Elle n’est pas une lumière égale en intensité chez tous ; elle est une puissance à cultiver, à éduquer, à orienter. Ainsi, lorsque deux hommes raisonnent différemment sur une même situation de droit, ce n’est pas parce que la vérité se divise, mais parce que leurs raisons respectives sont affectées par leurs passions, leurs valeurs ou leurs perspectives. Spinoza l’avait bien vu : « Les hommes se croient libres parce qu’ils ignorent les causes qui les déterminent. » L’usage de la raison est souvent parasité par le désir, par l’intérêt ou par la peur. Dès lors, chacun interprète la vérité à son avantage, non parce que la vérité change, mais parce que son regard se déforme. La pluralité des réponses face à un même fait n’est donc pas le signe d’une absence de vérité, mais celui d’une humanité en quête d’elle. La raison, bien que commune, se déploie dans des contextes singuliers ; et cette tension entre l’universalité et la particularité est le propre de la condition humaine.

 

Conclusion 

En définitive, la question n’est pas de savoir si tous les hommes ont la raison — ils l’ont — mais de savoir s’ils en font un usage véritablement rationnel, c’est-à-dire désintéressé, libre et moral. Là où la raison devient instrument de pouvoir, elle perd sa lumière ; là où elle demeure ouverture à l’universel, elle éclaire la voie du juste et du vrai.

Géraud Sèlonou

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