EN CONVERSATION AVEC AWA GUEYE, UNE CINÉASTE DU SÉNÉGAL

Awa Gueye est une cinéaste sénégalaise dont le travail a été présenté au Festival de Cannes. Elle s’est entretenue avec Right for Education pour parler de son travail et de sa relation avec le cinéma.

 

R:Ed: Est-ce que vous pourriez nous parler un peu de vous et de votre travail?

 

Moi, c’est Awa Gueye, je suis Sénégalaise, auteur, documentariste aussi, scénariste et réalisatrice. J’ai fait mes études de cinéma à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis. J’ai fait mon master et licence, un métier des arts et de la culture dont je me suis personnellement spécialisé en cinéma.

 

R:Ed: Il y a souvent un élément fantastique dans vos films, même dans les situations les plus quotidiennes. Quelle est l’importance de cet élément?

 

En fait, comme je l’ai dit dans le documentaire, on se partage. Avec les livres que je lisais tout ça, les contes de Grimm et je me suis rendu compte qu’il y a la guerre, la pauvreté, tout ça, beaucoup de tristesse dans le monde. Et même si les gens ne s’en rendent pas compte, il y a beaucoup de tensions dans le monde, beaucoup de tristesse, beaucoup de choses. En fait, si on s’y consacre, on n’est pas assez heureux. Et pour moi, le cinéma et la littérature sont un échappatoire. C’est une bulle en quelque sorte.

 

R:Ed: Est ce que la bulle est plus réelle que la réalité? Est ce que vous y passer plus de temps?

J’avoue que c’est vrai que je suis plus normal là que dans la réalité.

 

R:Ed Il y a une citation intéressante dans votre film Jar Jar: “Tout ce qui nous sépare est au profit de tout ce qui nous lie. C’est le thème principal de votre travail?

 

Tout ce que l’on sait, c’est ce qu’on a et tout ce qui est. Comme la religion par exemple. Mais cela peut nous séparer de manière très violente. L’établissement de la religion par exemple est déjà une séparation.

 

R:Ed: Quelles sont les formes d’art qui ont eu le plus d’influence sur vous?

 

En fait, j’en ai trois. J’avais déjà parlé de la littérature que j’ai découvert très jeune, puis après, je me suis mise à dessiner, à peindre et tout ça. Et puis il y a la musique. J’écoute en boucle la musique et j’écris en même temps. Alors forcément, ça rentre dedans. Ça m’aide à m’inspirer tellement. Surtout quand j’écris pour ne pas casser la fantaisie.

 

R:Ed: Vos films se concentrent surtout sur les femmes et leur monde. Comment est ce que commence ce que vous voyez celui-ci comparé à celui des hommes? 

 

Je me sens plus à l’aise avec le monde des femmes. Les femmes sont plus sensibles, beaucoup plus sensibles et une femme a plus de complexité. Autant elles sont amoureuses de leurs familles et de leurs enfants, de leur mari, alors qu’en fait les hommes, c’est plus dirigé dans un sens unique. 

 

R:Ed: Est ce que vous croyez que vos films sont des films de femmes?

 

Oui. Je vais faire des films avec des femmes comme ça, sans réfléchir comme ça, sans réfléchir. Un jour, je me suis rendu compte qu’ effectivement, mes films étaient des films. Que de femmes. Ça ne veut pas dire que ça ne donne pas la force aux hommes. On voit que les hommes, qu’on le dise ou pas, ils ont une certaine chefferie dans la société. Ils sont à la peine à peu près de tout. Même si les femmes, elle décide de se battre pour être au niveau des hommes. Parce qu’aujourd’hui, dans une société sénégalaise, je ne sais pas dans les autres pays, mais dans la société sénégalaise, dans la banlieue où je vis même plus les femmes qui sont devenues des chefs de famille. Celles qui vont un travail, c’est elles qui donnent l’argent pour le foyer. Et en même temps, ce qui est étrange, c’est qu’elles assurent toujours le rôle intérieur. 

 

R:Ed: Vous apparaissez dans vos films vous-mêmes. Est-ce que la caméra vous permet de vous distancier du réel tout en y prenant part? Est ce que ça vous plaît d’être distanciée du réel?

 

En fait, la caméra était le seul moyen pour moi pour montrer mon monde. C’est vrai que même quand je vous parle là, je n’arrive pas à me concentrer d’attention sur ce qu’on dit. Vous l’avez remarqué, c’est moi. Dans la vie réelle, les gens peuvent être mes amis, mais ils ne savent pas réellement qui est Awa. 

 

R:Ed: Une fois qu’un film est fait, est ce que votre rapport a changé avec le sujet de manière permanente?

 

Forcément, c’est ça qui est magique, carrément magique au cinéma. Quand on commence son sujet, il est tout à fait parfois banal. Le sujet est en effet, comme une boîte à trésors. J’en suis venu maintenant à me dire quand je commence un film, qu’est ce que je vais découvrir dans le parcours de ce film là? Parce que forcément, on découvre des choses. Forcément, on se rapproche de la personne, on ne peut pas ne pas faire un film sur ce qui est vraiment magnifique dans le documentaire. Dès lors qu’on fait un film avec un personnage, on l’inclut dans son cercle intime. Il devient quelqu’un de vraiment privilégié. Parce qu’à un certain moment, la personne, forcément, s’ouvre à nous. Et on comprend en fait tous les non-dits, parfois, on comprend toute la violence, la souffrance de la personne.

 

R:Ed: Pouvez-vous nous parler de votre prochain film?

 

J’ai un court métrage et un long. La première, c’est l’histoire d’une petite fille qui s’appelle l’Acipa, qui vit dans un village ici au Sénégal, dans le nord dans un gros village. Elle a été adoptée par sa sœur qui est mariée avec un homme qui est à la fois un criminel et un violeur. C’est ça, en fait, le film et l’intrigue de l’histoire. Et il y a beaucoup de fleuves dans le village. Le fleuve passe en fait dans le village et fait des cas de noyade, on ne sait pas. On croit que dans l’imaginaire collectif du village, on croit que c’est l’esprit du fleuve qui est en train de noyer cette petite fille là. Mais en réalité, c’était pas ça, c’était juste un homme qui violait ces petites filles. Ça fait quoi? C’est beaucoup,

 

R:Ed: Est-ce que vous avez des conseils pour les autres réalisatrices/réalisateurs?  

 

Je vais être général et juste dire que dans son contexte mondial ou en Afrique ou ailleurs dans le monde, ce qui est important, c’est toujours de s’accrocher et de croire en ses rêves. Et je le disais même hier. Et de se battre pour réaliser ce film quoi qu’on dise. C’est un rêve qui se réalise enfin parce qu’il y a plein de films qui n’ont pas abouti. Il faut y croire. Après, forcément, on va trouver son public. C’est juste ce que j’ai à dire.

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