Un avenir sénégalais à former : les manifestations et ‘Génération Z’

On considère le Sénégal comme exemplaire parfait de la démocratie et une région qui profite d’une stabilité prolongée, surtout depuis la cessation du conflit séparatiste de la Casamance au sud en 2014. Cependant, les manifestants à Dakar sont descendus ces derniers temps dans la rue, et cela continue à s’étendre à travers le pays. 

 

Qui manifeste et pourquoi ? 

 

En partie, le fait que les jeunes remettent en question les systèmes et les pratiques conventionnels explique cette agitation politique. Une inégalité économique croissante, une inquiétude liée au niveau de vie des jeunes, et les perspectives professionnelles limitées, contribuent aussi à expliquer ces manifestations. Les troubles économiques qui résultent du COVID-19, et l’introduction d’un couvre-feu chaque soir, ont frustré aussi les citoyens, particulièrement parce qu’une grande proportion des gens travaillent dans le secteur informel

 

Ces manifestations font partie d’un mouvement politique plus large, qui veut remettre en cause la politique sénégalaise. Ousmane Sonko dirige le parti de l’opposition, qui s’appelle Pastef. Il est probablement le seul à pouvoir être un défi à la présidence de Macky Sall. Cependant, on l’a arrêté en raison d’une allégation de viol soupçonnée, et de perturbation de l’ordre social. Sonko, qui n’accepte pas ses allégations, a beaucoup de soutien des jeunes, et plusieurs croient que son arrestation n’était qu’une tactique politique pour réprimer la possibilité que Sonko remporte l’élection. 

 

Les manifestants parlent aussi de l’histoire des relations politiques du Sénégal au niveau mondial. Certains d’entre eux ont ciblé les entreprises appartenant aux français, comme la grande chaîne d’épicerie Auchan, et les stations-services Total. Ils ont ciblé le journal gouvernemental aussi, Le Soleil. Les manifestants croient que, sous la direction présidentielle de Macky Sall, la France a agrandi ses intérêts économiques au Sénégal, son ancienne colonie. 

 

Qu’est-ce que cela voudra dire pour l’avenir du gouvernement sénégalais ? 

 

Les présidents sénégalais n’ont le droit qu’à deux mandats consécutifs. Sall a cependant mené un référendum constitutionnel en 2016 et certains croient qu’il en profitera pour se présenter à nouveau. Deux autres chefs de l’opposition ont été exclus de l’élection de 2019, après qu’on les a arrêtés. Les présidents dans l’ouest de l’Afrique, comme Alpha Condé en Guinée et Alassane Ouattara dans le Côte d’Ivoire, se sont déjà servis des changements constitutionnels pour gagner un troisième mandat. Il n’est toujours pas clair si Sall fera pareil afin de postuler pour l’élection de 2024. 

 

Le président Macky Sall a fait face à des allégations de corruption dans le passé. Une enquête, publiée par « BBC Panorama » et « Africa Eye », a trouvé que BP (une compagnie britannique de pétrole) a payé entre $9bn et $12bn en paiements de redevances à une entreprise qui s’appelle « Timis Corporation » pour son participation en capital dans les blocs de gaz. Il est possible que Timis ait fait un paiement en cachette de $250 000 à une compagnie dirigée par le frère du président. Le président Sall a pris des démarches substantielles vers une amélioration de la démocratie sénégalaise. Ses démarches comprennent un investissement dans l’agriculture, dans l’infrastructure et dans le tourisme, ainsi qu’une évolution vers un système de santé universel. Sall a rétabli la paix dans la Casamance, ce qui figure parmi les réussites les plus importantes de sa présidence. Cependant, plusieurs continuent à douter de sa neutralité. 

 

REBECCA PATTENDEN

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