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Community members and a doctor talking about mental health. Photo credit - AI Generated

MALADIE MENTALE ET « ATTAQUES SPIRITUELLES » : DÉCONSTRUIRE LES IDÉES REÇUES AU NIGERIA

Introduction 

Depuis des années, les débats portent sur la question de savoir si la « folie » relève d’un problème spirituel ou d’une maladie mentale, d’une punition des dieux ou d’une réaction face aux difficultés de la vie. Selon le Collins Dictionary, la folie désigne « un trouble mental qui rend impossibles une pensée et un comportement normaux ». Cette situation reste fortement stigmatisée et les personnes concernées sont souvent marginalisées et déshumanisées. Au Nigeria, parler ouvertement de santé mentale est essentiel : le silence peut aggraver les difficultés, tandis que le dialogue favorise la compréhension, le recours aux soins et la réduction de la stigmatisation.

 

Maladie mentale ou attaque spirituelle ? 

Au Nigeria, certains comportements inhabituels et certaines souffrances psychologiques sont parfois expliqués par des causes spirituelles. Une personne présentant des symptômes sévères peut être considérée comme victime d’une attaque spirituelle, possédée, maudite ou punie par une puissance spirituelle. Certains attribuent également ces troubles à la sorcellerie ou au fait d’avoir offensé une divinité. La religion et la spiritualité occupent une place importante dans la vie de nombreux Nigérians et influencent parfois la manière dont les familles comprennent les problèmes de santé mentale. Cependant, considérer systématiquement tout comportement inhabituel comme un problème spirituel peut empêcher de reconnaître qu’une personne a besoin d’une aide professionnelle. Cela ne signifie pas qu’il faille abandonner ses croyances. Le soutien spirituel peut apporter du réconfort, mais il ne devrait pas empêcher une personne de rechercher des soins médicaux ou psychologiques. Il est possible de solliciter un responsable religieux de confiance tout en bénéficiant d’une évaluation et d’un traitement professionnels.

 

Comprendre la maladie mentale 

La « folie » est un terme courant qui regroupe différentes maladies mentales, qui n’ont pas toutes les mêmes causes. Les troubles mentaux peuvent résulter d’une combinaison de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. Parmi les facteurs susceptibles de contribuer à leur apparition figurent les traumatismes, les violences ou négligences subies pendant l’enfance, la solitude, la pauvreté, le stress prolongé, l’anxiété, la dépression, la consommation de substances psychoactives et certaines maladies physiques chroniques. La génétique et d’autres facteurs biologiques peuvent également jouer un rôle. Puisque les troubles mentaux sont différents, une évaluation professionnelle est nécessaire pour comprendre ce que vit une personne et déterminer la prise en charge appropriée.

 

Reconnaître les signes d’alerte 

La maladie mentale ne suit pas un schéma unique. Certaines pathologies peuvent toutefois se développer progressivement, avec des changements discrets avant l’apparition de symptômes plus sévères. Une phase précoce, ou prodromique, peut notamment se manifester par des changements dans la pensée, le comportement, le sommeil, les relations sociales, la concentration, la perception ou la capacité à fonctionner normalement. Ces signes peuvent facilement être ignorés. La personne peut sentir que quelque chose a changé, tandis que son entourage peut attribuer ces comportements au stress, à des sautes d’humeur ou à un simple « passage à vide ». Lorsque les difficultés s’aggravent, les changements dans le comportement, les pensées, les émotions ou la perception peuvent devenir plus visibles. Certaines personnes peuvent aussi chercher à gérer leur détresse de manière malsaine, notamment par la consommation d’alcool ou de drogues, ou par des comportements problématiques comme le jeu compulsif. À terme, ces difficultés peuvent perturber la vie quotidienne, entraîner un retrait social et affecter le travail, les études et les relations familiales.

 

Le coût d’une maladie mentale non traitée

Les problèmes de santé mentale peuvent entraîner la perte d’un emploi, l’interruption des études, la rupture des relations et la perte du soutien familial. Les personnes souffrant de troubles sévères peuvent être abandonnées lorsqu’elles sont considérées comme « incapables de fonctionner ». Les familles peuvent également subir une importante pression émotionnelle et financière. La société, quant à elle, perd des contributions précieuses lorsque des personnes ne peuvent plus participer pleinement à la vie sociale et économique en raison de troubles non traités ou mal pris en charge.

 

Lutter contre la stigmatisation 

La lutte contre la maladie mentale commence par la remise en question de la stigmatisation. Les communautés doivent offrir des espaces où les personnes peuvent être écoutées plutôt qu’abandonnées. Il est essentiel d’améliorer l’accès à des structures de santé mentale adaptées et à des professionnels qualifiés, tout en renforçant l’éducation à la santé mentale. Au lieu de qualifier immédiatement un comportement inhabituel d’attaque spirituelle, de malédiction, de punition ou de faiblesse, il faut également envisager la possibilité d’un besoin de soins professionnels. Les personnes souffrant de troubles mentaux méritent avant tout respect, compassion, dignité et soins.

 

Conclusion 

La discussion autour de la « folie » doit dépasser la peur et les idées reçues. En parlant ouvertement de santé mentale, en reconnaissant les signes d’alerte, en encourageant le recours aux professionnels et en combattant les stéréotypes, la société peut progressivement remplacer le rejet par la compréhension et le soutien.

Omasirichukwu Eze

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