Introduction
Le vendredi 2 février 2024 a été marqué par la disparition de l’un des plus illustres philosophes africains modernes : Paulin Jidenu Hountondji. Né en 1942, il fut le premier africain agrégé de philosophie et occupa une place importante dans l’histoire de celle-ci. Son impact, qui fut des plus importants, sera quelque peu explicité à travers cet article.
La naissance de la philosophie dite « africaine »
Pendant la colonisation, il était admis que le noir était incapable de produire une réflexion personnelle. Cette idée, soutenue par des philosophes et des anthropologues, avait conduit à nier l’existence d’une philosophie entendue comme réflexion critique en Afrique. Dans son célèbre livre, La philosophie bantoue publié en 1945, Placide Tempels, un missionnaire belge montra cependant que la vision du monde des bantous pouvait être qualifiée de philosophie. Il désigne par cette discipline, toute vision du monde implicite exprimée dans la culture, les contes, les langues. Son travail consista donc à analyser les traditions africaines pour montrer ce qui est philosophique. Son ouvrage fut accueilli avec enthousiasme sur le continent car, en modifiant le sens du terme philosophie, il permettait aux Africains de s’en revêtir une.
Apologie pour une « vraie » philosophie africaine
Paulin Hountondji fut l’un des premiers à se méfier de l’œuvre de Tempels en critiquant la dilution du sens du concept qui en ressortait. Pour lui, la philosophie est une réflexion personnelle et non une œuvre collective. Il qualifie d’ethnophilosophie (ni ethnologie, ni philosophie) ces tentatives de déterrer une philosophie africaine enfouie dans les contes, proverbes et coutumes. Il s’érigea ainsi comme le précurseur de la philosophie moderne, l’ethnophilosophie étant aujourd’hui dépassée. De nos jours, l’existence d’une philosophie africaine est indéniable, en témoigne des philosophes comme Kwame Antony Appiah, Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne, Mahamadé Savadogo, Nadia Yala Kisukidi, entre autres. Celle-ci est actée comme étant une réflexion sur les problèmes africains.
Réflexion sur les savoirs endogènes
En critiquant l’ethnophilosophie, Paulin Hountondji exhorte l’Africain à faire de la vraie philosophie qui est universelle car celle-ci est une. Cependant, il prévient qu’il ne s’agit pas d’abandonner tout ce qui est africain. C’est pourquoi il entreprît de revisiter les savoirs traditionnels pour en faire des « savoirs endogènes ». Ce projet, qui occupa la deuxième partie de sa vie, visait à souligner la contribution des savoirs traditionnels africains (la médecine traditionnelle par exemple) dans les divers domaines de la science.
Conclusion
En somme, Paulin Hountondji fait partie de ceux qu’on nomme « critique de l’ethnophilosophie » dans l’histoire de la philosophie africaine. Les semaines précédant sa disparition, l’infatigable passionné participait à un colloque sur l’« Actualité de la philosophie africaine » à l’Université Toulouse Jean-Jaurès. Il laisse derrière lui une contribution philosophique immense. Son œuvre ne sera malheureusement que mieux estimée après sa disparition.
