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Africans regaining their sovereignty. Photo credit - AI Generated

La souveraineté africaine commence de l’intérieur : reconstruire l’identité pour changer le destin du continent

Introduction

L’Afrique traverse un moment décisif de son histoire. Du Sahel aux Grands Lacs, les revendications de souveraineté transforment le discours politique et éveillent les consciences. Les appels à l’indépendance économique, à la consommation des produits locaux et à la rupture avec les anciennes puissances coloniales se multiplient. Pourtant, une question demeure : comment construire une souveraineté collective lorsque l’identité individuelle reste profondément marquée par l’héritage psychologique de la colonisation ?

 

Le décalage entre les discours et les actes

Les dirigeants africains encouragent régulièrement leurs populations à consommer ce que le continent produit. Pourtant, selon un rapport de l’Union africaine sur la Zone de libre échange continentale africaine, le commerce intra africain ne représente qu’environ 15 % du commerce total du continent, contre 67 % en Europe et 58 % en Asie. Les Africains continuent donc de privilégier les produits étrangers, même lorsqu’une alternative locale existe. Ce paradoxe révèle une blessure psychologique profonde. Dans Peau noire, masques blancs, publié en 1952, Frantz Fanon explique comment la colonisation a instauré un complexe d’infériorité, fondé sur l’idée inconsciente que ce qui vient de l’extérieur serait supérieur à ce qui est produit localement.

 

Les manifestations quotidiennes

Dans certaines villes africaines, une entreprise peut être considérée comme plus sérieuse lorsque des expatriés occidentaux occupent des postes visibles. La rigueur et le professionnalisme sont alors associés à l’origine plutôt qu’à des valeurs universelles. De même, lorsqu’un Africain revenu de l’étranger cherche à instaurer davantage de discipline dans son environnement professionnel, il peut entendre : « Nous ne sommes pas en Europe ici». Pourtant, ponctualité, discipline et rigueur ne sont pas des valeurs européennes. Ce sont des valeurs humaines.

 

Le Japon comme source d’inspiration

Le Japon montre qu’une identité collective forte peut contribuer à reconstruire une nation. Après les destructions de 1945, le pays s’est appuyé sur la discipline, la précision, le respect des espaces publics et la culture de l’excellence. Lors de la Coupe du monde 2022, les supporters japonais ont notamment été remarqués pour avoir nettoyé les tribunes après les matchs. Cette attitude reflète une éducation civique développée dès l’école primaire, où les élèves participent au nettoyage de leurs salles de classe. L’Afrique dispose elle aussi de ressources culturelles, de valeurs ancestrales et d’un capital humain considérable. Elle doit désormais les mobiliser.

 

Ce que l’Afrique doit faire

La souveraineté se construit dans les écoles, les familles, les entreprises et les institutions. Les programmes scolaires doivent renforcer l’identité, la citoyenneté, la discipline, l’hygiène, la ponctualité et l’intégrité professionnelle. Les institutions, les entreprises et les médias doivent également valoriser davantage l’excellence africaine, sans attendre une validation extérieure. Enfin, les jeunes doivent comprendre que consommer africain est à la fois un choix économique et identitaire, à condition que les producteurs garantissent qualité, hygiène et fiabilité.

 

Conclusion

La souveraineté africaine est possible, nécessaire et urgente. Elle ne sera cependant pas construite par les déclarations politiques seules. Elle naîtra d’une transformation profonde des mentalités et de millions d’Africains convaincus de la valeur de leur continent. Cette reconstruction commence dans les salles de classe, les foyers, les marchés, les entreprises et les administrations.

Waffo Benedicte Megne

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