Introduction
Les forêts d’Afrique centrale, dont celle du Gabon (88 % du territoire), renferment des centaines de plantes aux propriétés pharmacologiques reconnues. Pourtant, les populations locales en tirent encore très peu de valeur. Des laboratoires étrangers exploitent ces ressources et les savoirs traditionnels pour produire des médicaments brevetés à prix d’or, souvent sans partage réellement équitable. Ce phénomène, communément appelé biopiraterie, soulève d’importants enjeux économiques, scientifiques et éthiques. Comprendre ses mécanismes apparaît ainsi indispensable pour envisager des solutions capables d’inverser la tendance.
La biopiraterie : quand la connaissance ancestrale devient brevet étranger
Le procédé est simple : un chercheur étranger contacte un tradipraticien gabonais, documente l’usage médicinal d’une plante, isole la molécule active, puis dépose un brevet. Une fois le procédé protégé à l’international, le pays d’origine n’a plus aucun recours. Prenons l’exemple du Prunus africana : son écorce, récoltée au Gabon, est expédiée brute en Europe où elle est transformée en médicaments brevetés, multipliant sa valeur marchande de manière exponentielle au détriment du Gabon qui ne perçoit qu’une infime fraction. Des cas similaires restent peu documentés en Afrique centrale, non pas parce qu’ils sont rares, mais parce que les capacités institutionnelles de suivi font défaut.
Un Protocole sans application : le coût silencieux de l’inaction juridique
Le Protocole de Nagoya impose aux utilisateurs de ressources génétiques d’obtenir le consentement préalable des pays d’origine et de veiller au partage inclusif des bénéfices. Le Gabon l’a ratifié, mais aucun mécanisme national opérationnel (guichet unique, base de données, système de permis) ne le rend applicable. Résultat : des chercheurs venus d’ailleurs accèdent aux forêts gabonaises par le biais de collaborations opaques. Chaque année qui passe reste un manque à gagner immense pour le Gabon. Il se traduit par l’absence d’une véritable transformation locale des ressources biologiques, la faiblesse chronique des structures nationales de recherche comme IPHAMETRA, l’insuffisance des dispositifs juridiques capables d’encadrer l’accès aux ressources génétiques et de garantir un partage équitable des bénéfices, mais aussi par une absence de vision stratégique à long terme.
Comment se positionner ?: Quatre axes stratégiques à prioriser
Premier axe : documenter souverainement notre biodiversité médicinale dans une base de données nationale protégée. Deuxième axe : renforcer la capacité scientifique locale, équiper l’IPHAMETRA en chromatographie et spectrométrie de masse, pour caractériser nos molécules avant toute divulgation. Troisième axe : activer le cadre Nagoya avec un point focal national « accès et partage des avantages » doté d’une réelle autorité, incluant des clauses de partage des revenus issus des brevets. Quatrième axe : développer des unités locales d’extraction standardisée. Transformer une écorce brute en extrait certifié multiplie sa valeur économique; Pour tout entrepreneur privé, c’est là que se trouve la richesse récupérable.
Conclusion
La forêt gabonaise soigne le monde en silence, sans compensation à la hauteur de sa contribution. Cette situation n’est pas une fatalité : elle résulte d’un défaut de stratégie et de volonté, qui peut être corrigé. Agir maintenant fera du Gabon un acteur incontournable de l’industrie pharmaceutique mondiale, un producteur souverain d’extraits à haute valeur ajoutée plutôt qu’un simple fournisseur de matières premières.
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